International Compte-rendu commenté par Dorian de Meeûs


"J'ai fait 17 % des voix au premier tour. Sans moi, François Hollande n'était pas là où il est aujourd'hui. Je lui ai dit."
Voilà, c'est dit. Presque acté comme une vérité incontestable par Arnaud Montebourg dans un reportage diffusé par Envoyé spécial sur France 2 ce jeudi soir. Précision de taille, les images et interviews ont été enregistrées sur plusieurs mois, jusqu'à ces dernières heures. On voit ainsi Montebourg évoquer la démission du gouvernement au milieu de ses caisses de déménagement.

Un peu avant cet extrait et contrairement aux bruits de couloirs, l'ancien ministre français de l'Economie affirme - sans forcément convaincre - que ce n'est pas lui qui est à l'origine du surnom "Flamby". Un sobriquet que traîne le président de la République depuis le début de la campagne présidentielle de 2012. Pire, Montebourg s'en amuse... comme il s'amusait déjà de dire que le principal défaut de la candidate Ségolène Royal en 2007, c'était... son compagnon François Hollande.

Sûr de lui à l'extrême, l'autoproclamé "jeune lion" de Saône-et-Loire confie à ses interlocuteurs tout le mal qu'il pense du locataire de l'Elysée: "Je suis allé dans les cantons, j'ai passé des soirées avec les gens pour leur expliquer dans quelle situation très difficile on était. C'est ce que devrait faire Hollande avec la France, ce qu'il ne fait pas assez. Je lui dis tout. Il ne m'écoute pas, mais ce n'est pas grave, il fait ce qu'il veut." Ce n'est un secret pour personne que les deux hommes ne s'apprécient aucunement, l'ancien ministre admet d'ailleurs volontiers avoir été "en cohabitation" avec François Hollande.

Monsieur le ministre et la p'tite

Dans ses échanges avec la journaliste, surnommée pour l'occasion "la p'tite" par Montebourg, il paraît évident que le trublion du PS ne s'attendait pas à se faire virer par Manuel Valls ce lundi. Malgré son large sourire affiché ces derniers jours, il semble même regretter cette issue et le fait de ne pas avoir pu choisir lui-même le meilleur moment pour claquer la porte de manière spectaculaire. Il se projetait déjà dans un grand 'clash' hyper médiatisé qui lui aurait permis de séduire les nombreux militants déçus par le mandat de François Hollande en vue de se positionner pour la primaire de 2016. Manuel Valls l'a clairement privé d'une telle rampe de lancement. Maintenant, il ne lui reste plus qu'à attendre son heure, sans se faire oublier.

Ce reportage d'Envoyé spécial, qui confirme l'image que l'on se fait d'Arnaud Montebourg - un homme théâtral et imbu de lui-même -, fait ressurgir une question: pourquoi François Hollande a-t-il nommé à l’Économie un ministre caricatural qui est à ce point éloigné de la ligne économique décidée par l'Elysée? Ils ne prescrivent pas les mêmes remèdes face à la crise économique qui touche la France et l'Europe (réduction drastique des déficits) et ne partagent pas la même politique de l'offre ou celle de la demande (faut-il aider davantage les entreprises ou les ménages?) ni même la conviction qu'il faille impérativement réindustrialiser l'Hexagone (la nationalisation d'Alstom et de Florange lui ont été refusées par l'Elysée). 

Arnaud Montebourg ne semble cependant pas comprendre que s'il était un gros caillou dans la chaussure de Hollande, il est aussi un handicap pour ses propres convictions. Celles-ci resteront inaudibles et invisibles tant qu'elles seront mises en avant par un homme en spectacle permanent.