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Deux ans, jour pour jour, après avoir entamé la publication des dépêches diplomatiques américaines, l’organisation WikiLeaks connaît des jours difficiles. Son fondateur Julian Assange est toujours bloqué à l’ambassade équatorienne de Londres. Son staff a été en partie licencié, les employés restants ont consenti une baisse de salaire de 40 %. Et l’organisation affirme avoir perdu "au moins 50 millions de dollars" dans l’aventure.

Mais Assange est apparu combatif mardi lors d’une conférence de presse en duplex, à Londres et à Bruxelles, en déclarant que la principale conséquence du blocus financier imposé à WikiLeaks était " que nous ne pouvons pas publier autant que nous voudrions". Car, même amputé de 95 % de ses donateurs, WikiLeaks continue de publier des documents confidentiels, comme ses "Syria Files" ou, plus récemment, les règles de détention au sein de l’armée américaine. Le blocus est imposé par les principales sociétés américaines de système de paiement (MasterCard, Visa, PayPal) qui refusent depuis deux ans toute donation à WikiLeaks. Julian Assange accuse deux élus américains, le sénateur indépendant Joseph Lieberman et le représentant républicain Peter T. King d’être à la source de cet embargo. Il en veut pour preuve des documents internes de la Commission européenne dans lesquels MasterCard indiquerait avoir eu " des conversations " avec l’équipe des deux hommes politiques. Champion de la transparence ? WikiLeaks n’a pas diffusé mardi ces documents de la Commission mais seulement fourni aux journalistes des extraits.

WikiLeaks conteste l’embargo américain au nom de la libre concurrence européenne. Un avocat de DataCell, l’entreprise islandaise qui facilitait les paiements vers l’organisation, intervient aussi. Pour Assange, les Européens sont pieds et poings liés aux deux firmes américaines, Visa et MasterCard, qui ont 97 % du marché européen. Il est inquiétant " que des membres de la droite dure américaine puissent imposer une peine de mort à n’importe quelle société européenne" , a dénoncé mardi Julian Assange, à l’ambassade de l’Equateur à Londres.

WikiLeaks a cependant d’autres moyens de financement (virements, chèques, envois de fonds à son porte-parole et, depuis peu, utilisation d’une carte Bleue gérée par une ONG française). Avant l’embargo bancaire, WikiLeaks recevait de ses donateurs 120 000 dollars par jour. Assange peut compter aussi sur le soutien de personnalités, dont Lady Gaga qui a dîné avec lui à l’ambassade en octobre.