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Chérif Chekatt aurait-il pu rester caché dans le quartier du Neudorf où la police a perdu sa trace mardi soir ? Le Raid y a mené jeudi après-midi une importante opération de vérification pour tenter de retrouver le tireur de l'attentat du marché de Noël de Strasbourg, en fuite depuis deux jours.

Lourdement armés et protégés par des boucliers, des policiers ont inspecté durant plus d'une heure plusieurs maisons, armes automatiques au poing, dans ce quartier proche du centre-ville où Chérif Chekatt s'était enfui après avoir tué trois personnes et en avoir blessé 13 autres mardi soir. L'opération a pris fin vers 16H45.

"Il s'agit d'une levée de doute comme il y en a eu plusieurs depuis 36 heures. Cela n'est pas un signalement et cela ne veut rien annoncer, laissons l'enquête se poursuivre", a déclaré le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, devant le Sénat.

Celui-ci doit revenir à Strasbourg "en fin de journée", à la "demande" du président Emmanuel Macron.

Dans la ville, toutes les illuminations ont été éteintes et le grand sapin de 30 m de haut qui domine la place Kléber n'est plus éclairé.

Sur la place Kléber et sur les lieux de l'attaque, des passants ont commencé à rendre hommage aux victimes par des inscriptions "Je suis Strasbourg", des bougies et pétales de roses. Un temps de prière oecuménique est prévu à 18H00 à la cathédrale.

Quant au marché de Noël, qui attire chaque année deux millions de touristes, il est fermé depuis mercredi. Avec Chérif Chekatt en fuite, le préfet du Bas-Rhin, Jean-Luc Marx, estime que les conditions de sécurité ne sont pas suffisantes pour une réouverture.

Si peu de Strasbourgeois arpentaient les rues mercredi, ils reprenaient quande même leurs habitudes jeudi. Les écoles, médiathèques, piscines ou gymnases ont rouvert.

Blessé au bras

Pendant ce temps, Chérif Chekatt reste l'homme le plus recherché de France. La police nationale a lancé mercredi soir un appel à témoins pour retrouver cet "individu dangereux" de 1,80 m, "peau mate", "corpulence normale" et qui présente une "marque sur le front". Toute personne en possession "d'informations permettant de le localiser" est appelée à composer le 197.

Au total, 720 membres des forces de l'ordre sont à sa recherche et cinq de ses proches ont été placés en garde à vue : ses parents et deux de ses frères dès mercredi, et un autre membre de son entourage jeudi.

Né à Strasbourg et fiché "S" ("sûreté de l'État") pour sa radicalisation islamiste, Chérif Chekatt, 29 ans, a un passé judiciaire très lourd avec 27 condamnations.

Il est soupçonné d'avoir ouvert le feu mardi peu avant 20H00 dans des rues commerçantes du centre historique de Strasbourg, alors que le marché de Noël allait fermer. Des témoins l'ont entendu crier "Allah Akbar", et la section antiterroriste du parquet de Paris s'est saisie des faits.

L'assaillant, équipé d'une arme de poing et d'un couteau, a ensuite échangé des tirs avec les forces de l'ordre, qui l'ont blessé au bras.

Puis, dans des circonstances encore floues, il est parvenu à prendre un taxi pour se rendre dans le quartier du Neudorf, où a eu lieu un nouvel échange de tirs avec la police, avant qu'il ne disparaisse.

"Mobilisation exceptionnelle de moyens"

L'assaillant compte 67 antécédents judiciaires, dont des condamnations en France, Allemagne et Suisse pour des faits de droit commun. Il était inscrit au Fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT) et faisait l'objet d'un suivi de la DGSI.

Mardi matin, quelques heures avant l'attentat, il devait être interpellé par les gendarmes dans le cadre d'une enquête de droit commun, mais a échappé à cette arrestation.

S'il ne s'est pas caché au Neudorf, Chérif Chekatt pourrait avoir passé la frontière et s'être réfugié à Kehl, de l'autre côté du Rhin. Une intervention des polices française et allemande n'a toutefois pas permis de retrouver sa trace mercredi matin.

Le parquet général allemand a ouvert une procédure à son encontre, pour meurtre, tentative de meurtre ainsi que coups et blessures graves, car beaucoup de touristes venus d'Allemagne étaient au marché de Noël lors de l'attaque et ont subi des traumatismes. D'importants contrôles à la frontière au Pont du Rhin engendrent d'ailleurs des heures de bouchons pour les automobilistes voulant passer la frontière.

La Suisse, à 130 km au sud de Strasbourg, a aussi renforcé ses mesures de sécurité à la frontière.

Mardi soir, les autorités ont déclenché sur toute la France le niveau "urgence attentat", le plus haut niveau du plan Vigipirate, permettant "la mobilisation exceptionnelle de moyens" le temps de la recherche d'un assaillant.


Une cinquième personne sous mandat d'arrêt

Une cinquième personne de l'entourage de Chérif Chekatt, le tireur présumé de l'attentat du marché de Noël de Strasbourg, a été placée en garde à vue jeudi en fin de matinée, a-t-on appris auprès du parquet de Paris.

Cet homme est issu de l'entourage du suspect toujours en fuite, mais ne fait pas partie de sa famille, a précisé cette source. Il s'agirait d'un ancien co-détenu de 39 ans selon les informations de l'Est Républicain. Il aurait hébergé Cherif Chekatt la veille de l'attaque.

Les parents de Cherif Chekatt et deux de ses frères avaient déjà été placés en garde à vue dans la nuit de mardi à mercredi.

Le dernier bilan fait état de 3 morts, 13 blessés dont 5 graves

Le bilan de l'attentat contre le marché de Noël a été revu dernièrement à trois morts et treize blessés, dont cinq graves. L'un des blessés est décédé à l'hôpital, a annoncé ce jeudi la préfecture du Bas-Rhin.

L'un des 5 blessés graves de cette attaque, dont l'auteur est en fuite, est en état de mort cérébrale, a précisé jeudi le parquet de Paris.

Un "cellule des blessés psychologiques" a été mise en place à Strasbourg pour soutenir les victimes et leurs proches.


Macron rend hommage aux victimes

Pendant ce temps, Emmanuel Macron est en visite à Bruxelles et a affirmé ce jeudi "la solidarité de la Nation toute entière" à l'égard "des victimes et des familles" touchées par l'attaque.

Le chef de l'Etat a indiqué devant la presse, avant l'ouverture d'un sommet européen, que le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner retournait à Strasbourg à sa "demande".

© AFP