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Ceux qui, tantôt dans le camp des traditionalistes, tantôt dans celui des anticléricaux, ne cessent d’annoncer que le pape François est davantage un homme d’effet d’annonces qu’un vrai réformateur de l’Eglise devront s’en faire une raison : la semaine qui s’achève montre que le successeur de Benoît XVI est vraiment décidé à déplacer les curseurs de son institution vers un environnement plus dépouillé mais aussi plus préoccupé des pauvres sur le fond.

La double dimension a été présente dans les faits et gestes du pape argentin tout au long de sa journée sur les traces de son modèle, le "Poverello" d’Assise tout comme elle s’est retrouvée en filigrane de la première réunion de trois jours du Conseil des cardinaux.

Se référant aux boat-people contemporains mais aussi de manière plus personnalisée à leurs destinées respectives lors de ses rencontres successives avec les plus défavorisés de la société d’Assise, le Pape très ému a dénoncé "l’indifférence à l’égard de ceux qui fuient l’esclavage, la faim pour trouver la liberté" .

Dans la salle du dépouillement de l’évêché d’Assise, là où, en 1207, le saint s’était dépouillé de ses vêtements devant son père, un riche marchand, pour montrer que les biens terrestres étaient destinés par Dieu aux plus pauvres, le Pape a appelé les chrétiens à suivre ce modèle de pauvreté. Comment ? "En combattant la mondanité, une lèpre, un cancer de la société, qui tue la personne, qui tue l’Eglise. Le christianisme sans la croix, sans Jésus, sans dépouillement est comme une pâtisserie, une belle tarte. Le danger de la mondanité est un très grand péril" , a-t-il ajouté non sans une certaine gravité dans son expression.


Plus collégiale à tous niveaux

Afin que la mondanité ne tue pas l’Eglise, François entend aussi bien la remettre sur les rails après trop d’égarements de la Curie sous Jean-Paul II puis sous Benoît XVI qui ni l’un ni l’autre n’ont pu l’empêcher de prendre de l’ascendant sur eux. C’est la raison d’être des réflexions qu’il a menées avec huit cardinaux du monde entier également cette semaine. Ici pas davantage d’annonces criantes mais un travail de fond qui se prolongera début décembre et en février 2014.

Reste que des pistes de renouveau réel se dégagent déjà.

François et son G8 veulent ainsi une refonte profonde de la Curie et pas de simples retouches de la Constitution Pastor Bonus qui fixe son règlement et son fonctionnement. La Curie devra demain être au service de l’Eglise universelle et des Eglises locales qui y gagneront en autonomie en fonction du principe de subsidiarité. Puis la place et le rôle de la secrétairerie d’Etat seront aussi redéfinis pour se mettre au service du Pape. La réflexion tombe à pic : le nouveau secrétaire d’Etat Mgr Parolin entre en fonction le 15 octobre. Dans la foulée, on reverra les rapports entre les dicastères (ministères) et les bureaux au Vatican. Avec une autre innovation : un modérateur de la Curie les coordonnerait. Enfin, last but not least , la place des laïcs sera explicitement abordée suite à de très nombreuses demandes dans ce sens. Là aussi, l’avenir est porteur de grandes espérances.