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Saskia Kluit est directrice du puissant syndicat des cyclistes néerlandais (Fietserbond)

© Fietserbond

Quel est le poids du Fietserbond auprès des autorités ?

Nous comptons 35 000 membres, ce qui n'est pas si énorme étant donné qu'il y a 13 millions de cyclistes dans le pays. Mais nous sommes considérés comme un partenaire vraiment sérieux par les autorités. Nous pouvons régulièrement les conseiller sur les infrastructures, même si nous ne les concevons pas nous-mêmes. Aux Pays-Bas, la plupart des infrastructures sont conçues à l'échelle locale, au niveau des communes, des provinces...

Le vélo fait l’objet d’un consensus politique. Tant à gauche, qu’à droite et à l’extrême droite, on est partisans d’investir dans la politique cyclable parce qu’ils ont compris que c’est le mode de déplacement le plus efficace et le meilleur marché pour promouvoir l’accessibilité des villes.

Quelle est la part du vélo dans les déplacements quotidiens à l'échelle nationale ?

Un peu plus d'un quart des déplacements. Mais la situation est très différentes si vous êtes dans une ville ou dans une zone rurale. Nous avons des endroits où le niveau est semblable à ce que l'on observe en France et d'autres où il est bien plus élevé. Dans des villes comme Amsterdam, Groningen ou Utrecht, c'est plus de 60 %, mais dans certaines zones rurales, c'est moins de 10 %. Cela dépend de la qualité des infrastructures, ainsi que de la disponibilité de services comme les écoles, les supermarchés, les distributeur bancaires dans un périmètre plus ou moins éloigné.

Quel est la clef du succès du vélo aux Pays-Bas ?

Les infrastructures, sans aucun doute. Des infrastructures sécurisées sont vraiment essentielles. Pas seulement dans les zones 30, mais aussi sur les routes où il y a plus de trafic et où la vitesse des voitures est élevée. 

Dans les pays vallonnés ou encore ceux où le climat est trop chaud ou trop pluvieux, l'e-bike offre une réponse très intéressante à ceux qui avancent ces arguments pour ne pas utiliser le vélo. Nous sommes les rois de l'e-bike. Si l'on regarde les dépenses dans le secteur du vélo ces dernières années, la moitié est déjà consacrée aux e-bikes.

Au niveau international, l'expérience montre par ailleurs que les systèmes de vélos partagés sont aussi très importants pour amener les gens à utiliser le vélo.

Que représente le vélo du point de vue économique ?

Environ 900 000 vélos sont vendus chaque année, je pense. Et il y en a environ 22 millions sur la route. Ce chiffre est en léger déclin, mais les raisons ne sont pas claires. Cela peut-être lié au fait que les gens achètent des vélos plus coûteux et qu'ils peuvent les utiliser plus longtemps. Ou au fait que les gens qui roulent beaucoup sont des personnes âgées. Les ventes diminuent, mais les montants totaux dépensés augmentent.

Y a-t-il des projets ambitieux en préparation pour le futur ?

Oui. L'an dernier, nous avons élaboré un nouveau plan vélo national avec les représentants des différents niveaux de pouvoir et différents stakeholders. Il y a en effet certains problèmes que l'on ne peut résoudre que dans le cadre d'un plan national concerté avec les communautés régionales et locales.

Il est très ambitieux avec huit objectifs qui doivent être améliorés : cela va des infrastructures plus sûres à davantage de parkings. Il porte aussi sur le développement de systèmes de "smart urban mobility" où il reste beaucoup à faire. On s'oriente vers des vélos équipés de puce qui permettent d'interagir avec le réseau et les feux. Le but de ce plan, baptisé "Tour de force", est de faire progresser l'usage du vélo de 20 % en dix ans, cela revient à doubler le taux de croissance normal.

Beaucoup de communautés locales travaillent aussi sur les infrastructures pour passer à l'étape suivante. On est habitués à dépenser des centaines de milliers d'euros pour le vélo mais vu la croissance du nombre d'usagers, on voit qu'il faut investir des millions. Nous faisons aussi face à des problèmes spécifiques qu'il faut régler au fur et à mesure pour progresser. Nous constatons, par exemple, que beaucoup de personnes âgées se tournent l'e-bike et qu'elles ont plus d'accidents que les autres usagers. Nos études ont mis en évidence le fait qu'elles ont tendance à quitter la piste et à mordre sur le bas côté enherbé, avec le risque de perdre l'équilibre et de se blesser. La solution consiste donc à voir comment aménager la piste avec un marquage au sol adapté pour éviter ces accidents. Beaucoup de pistes cyclables ont aussi été réalisées avec des coquillages concassés; cela ne convient pas vraiment aux e-bikes qui ont davantage de puissance de traction et qui glissent donc plus facilement. On remplace donc ce revêtement par du béton ou du tarmac.