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tre victimes n’est pas un rôle dévolu aux femmes. Elles sont actrices de justice, de paix et de réconciliation. Le reconnaître engage notre dignité à chacune dans l’Eglise et dans la société. Chers Pères synodaux, n’ayez pas peur des femmes et œuvrons ensemble à ce que la paix soit le fruit de la justice." Par ses propos fermes, mais aussi sa démonstration que "le pardon est un don qui se donne et se reçoit au plus haut degré de la liberté" , Axelle Fischer, secrétaire générale de "Justice et Paix" (Belgique francophone), a touché les participants au synode des évêques d’Afrique qui s’est tenu au Vatican du 4 au 25 octobre dernier.

Rentrée au pays, celle qui y a participé en qualité d’auditrice, commente ce moment d’Eglise peu commun où, bien que toujours très minoritaires, les femmes ont pu se faire entendre et surtout écouter "sans doute parce que les femmes jouent un rôle essentiel dans les sociétés africaines" .

Pour Axelle Fischer, il y a eu ainsi quelques moments-clés : lorsqu’une auditrice zambienne a dit que les interventions féminines ne touchaient pas que les femmes. "Pères synodaux, a-t-elle lancé aux participants, nous ne sommes pas là uniquement pour coudre vos vêtements, mais aussi pour participer aux décisions et à la vie de l’Eglise. Mieux : à l’heure de vous endormir ce soir, je vous invite à réfléchir pendant cinq minutes sur ce que serait une Eglise sans femmes. Je puis vous assurer que le message est passé." Mais au-delà de ces affirmations féminines pour ne pas dire féministes, les participantes ont aussi marqué les esprits par la profondeur de leur message. "Une religieuse rwandaise a donné un terrible contenu aux débats en racontant qu’elle avait rencontré en prison le bourreau de sa famille. L’homme l’a reconnu et lui a demandé pardon. Elle lui a accordé le sien à son tour."

Pour Axelle Fischer, participer pendant trois semaines à un tel événement qui dépassait de loin les réalités ecclésiales, restera gravé dans sa mémoire comme "une opportunité ex ce ptionnelle de rencontrer des personnalités hors du commun". "Comme la Burundaise Marguerite Barankitse particulièrement active pour la paix et la réconciliation dans son pays ou encore Sœur Marie-Bernard Alima, la responsable de "Justice et Paix" au Congo. Mais j’ai aussi eu des contacts très fructueux avec des évêques du Niger, d’Algérie, du Congo. Des rencontres intéressantes dans le contexte du dialogue interreligieux, mais aussi des politiques sociales et sanitaires à mener sur place. "

Et Axelle Fischer d’ajouter que "le bilan du synode dépasse de loin les textes qui ont été adoptés. Les 57 propositions sont des compromis de trois semaines de débats, mais ils synthétisent aussi des confrontations très riches".

Du point de vue de "Justice et Paix", dont l’action n’est pas seulement pacifiante, mais aussi ouverte au développement à travers toutes les dimensions de la société africaine, la conclusion est aussi positive : "De nombreux évêques ont émis le vœu d’avoir aussi "Justice et Paix" chez eux, afin de pouvoir proposer une parole de valeurs chrétiennes. Mais comme l’a dit Mgr Nicolas Djomo, le président de la Conférence épiscopale nationale du Congo, la réconciliation, le grand thème du synode, n’est pas que l’affaire des cathos : il faut un dialogue interreligieux, mais aussi interculturel."

Axelle Fischer fait volontiers sienne le mot de la fin de l’évêque du Niger au moment de la conclusion : "Tout reste à faire. On attend évidemment l’exhortation postsynodale du Pape, mais grâce à un certain nombre d’outils et de projets sur place, on peut déjà concrétiser certaines propositions. En fait, si le synode s’est clôturé à Rome, il commence maintenant en Afrique."

De son point de vue d’analyste et de femme de terrain, la secrétaire générale de "Justice et Paix" n’est pas pessimiste : "A propos du commerce des armes, ce ne sont pas des vœux pieux, mais il y a une volonté de fixer des règles restrictives. Voilà une parole d’Eglise utile pour soutenir le combat de l’Onu. L’idée de la sécurité alimentaire a évolué vers celle d’une certaine souveraineté alimentaire et sur le plan de la lutte contre le sida, on est loin de la querelle du printemps dernier. En effet, l’Eglise entend accompagner les familles dans la maladie et éviter qu’elles soient exclues de leur cercle social. L’Eglise s’ancre ici très fort dans la réalité et les évêques ont les yeux rivés sur les réalités. Il est vrai qu’ils savent mieux que quiconque qu’une foi sans action est appelée à rester une foi stérile."