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V oilà le second round», a triomphé mardi devant la presse le député britannique eurosceptique Nigel Farage. En adressant une série de questions à la Commission sur «les marques d'hospitalité» reçues par les commissaires depuis le début de leur mandat, le virulent Farage avait levé les lièvres Barroso et Mandelson. Il a aussi, indirectement, forcé le président de la Commission à fournir des explications sur ses vacances passées sur le yacht d'un ami milliardaire grec (LLB du 18/4).

Distribuant mardi à Bruxelles «la lettre de clarification» que Barroso a adressée au président du Parlement Borrell, Farage a commenté: «Ce n'est pas assez. Je proposerai la semaine prochaine que Barroso vienne s'expliquer à Strasbourg devant l'ensemble des europarlementaires» début mai. Possible? Oui. Mais si la signature de 74 députés (10pc des parlementaires) suffit à présenter une motion de censure et à renvoyer le Portugais aux portes de l'hémicycle strasbourgeois, il faudrait -en revanche- une majorité des deux tiers pour le faire tomber.

Et Duro Barroso est un habile tacticien. Dans sa lettre à Borrell, il signale que la Commission est prête à relancer l'initiative d'un comité d'éthique interinstitutionnel qui serait notamment chargé de régler les questions de conflits d'intérêt.

«Resserrer les règles»

Concrètement, ce groupe de cinq personnes désignées pour trois ans serait chargé de fournir des conseils à la demande d'une partie (Commission, Conseil, Parlement, Cour de justice, Cour des comptes,...). Mais Barroso sait que c'est le Parlement qui est le plus férocement hostile à l'initiative et l'a torpillée en 2001, au motif qu'elle était «incompatible avec le statut des membres du Parlement». On ne met pas des élus sous surveillance, avaient dit à l'époque les eurodéputés chargés d'étudier la question. Et leur vote avait été reporté sine die. Dans la foulée, au Conseil, on avait jugé la mise en place d'un tel groupe de conseillers «délicate» et on l'avait écartée. Peu de chance donc que l'initiative soit reprise en l'état.

Et de toute façon, cela prendrait des mois: il faut donc faire autre chose et vite, estiment plusieurs hautes sources à la Commission. Réviser le code de conduite des commissaires, par exemple: «On est en train de courir derrière la presse. Il faut absolument resserrer les règles avant le prochain mini scandale, explique l'une d'entre elles. Avec des europarlementaires comme Farage, on sait que tôt ou tard quelque chose peut nous tomber sur la tête.» Ainsi l'idée de mettre en place un registre public, à l'image de ce qui se fait en Grande-Bretagne, où seraient consignés les voyages et vacances des commissaires, a quelques défenseurs à la Commission.

© La Libre Belgique 2005