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Entendu à sa demande vendredi par le juge Serge Lemoine, le tueur en série Patrice Alègre a affirmé que Dominique Baudis, ancien maire de Toulouse et actuel président du Conseil supérieur de l'audiovisuel français (CSA) lui aurait commandité avec d'autres l'assassinat d'un travesti, Claude Martinez, en 1992. Patrice Alègre a dit avoir obtempéré.

Dans une démarche rarissime, le tueur, qui purge une peine de réclusion à perpétuité, a écrit de sa prison une lettre à l'émission de Canal+ «Le Vrai journal» pour raconter les faits allégués. Dans cette lettre, lue à l'antenne dimanche, Patrice Alègre raconte que Claude Martinez réalisait des films vidéos clandestins dans de supposées soirées sadomasochistes organisées pour des personnalités : «C'était sa lubie, son fantasme». Claude Martinez aurait proposé à Patrice Alègre de faire «chanter» les participants. Le tueur dit avoir alors «soumis le problème» à Dominique Baudis et à d'autres personnes. «Après concertation, j'ai été chargé d'aller récupérer les cassettes et de faire taire Claude Martinez, ce que j'ai fait», écrit-il.

L'avocat de Dominique Baudis, Me Francis Szpiner, qui a dit avoir été informé «par un journaliste», dénonce une «machination». Il a annoncé que son client demandait désormais à être mis en examen afin d'avoir accès au dossier. «Il n'y a que l'accès au dossier qui permette de nous défendre le plus rapidement possible contre la calomnie», a-t-il dit. «Il (Patrice Alègre) peut dire ce qu'il veut au profit d'intérêts que je ne connais pas. Je rappelle qu'il est condamné à perpétuité et qu'il ne risque plus rien », a-t-il déclaré.

Dominique Baudis était déjà mis en cause dans le dossier d'enquête par deux ex-prostituées. Le président du CSA l'avait lui-même révélé le 19 mai, dénonçant au 20 Heures de TF 1 une machination des milieux de la pornographie. Il ne croit plus à cette version. «Depuis (le 19 mai), un certain nombre d'éléments portés à notre connaissance l'amènent à réviser en grande partie ce jugement. Je pense que les responsabilités politiques de Dominique Baudis à Toulouse ne sont pas étrangères à cette campagne", a dit l'avocat.

Me Szpiner a fait allusion à un litige entre un syndicat d'employés communaux et Dominique Baudis, maire de la «Ville rose» de 1983 à 2001. Dominique Baudis avait porté plainte pour des détournements de fonds au centre de vacances du château d'Arbas (Haute-Garonne), mentionné comme lieu des supposées soirées sadomasochistes.

Un autre crime

Les avocats de Patrice Alègre, Pierre Alfort et Laurent Boguet, ont confirmé par ailleurs dimanche que leur client avait reconnu sa participation active dans l'assassinat de Claude Martinez, et aussi dans le meurtre de la prostituée Line Galbardi en 1992. Se retranchant derrière le secret de l'instruction, ils n'ont pas souhaité évoquer la mise en cause de Dominique Baudis mais ont estimé qu'il avait raison de demander à avoir accès au dossier.

Dans sa lettre à Canal+, Patrice Alègre explique qu'il organisait au début des années 90 ces soirées, qui auraient parfois dérapé dans la violence. Il dit avoir tué en janvier 1992, devant témoins, la prostituée Line Galbardi, et met nommément en cause un policier qui lui aurait commandité le meurtre.

Ces déclarations corroborent les dépositions devant les gendarmes de «Fanny» et «Patricia», noms d'emprunt de deux ex-prostituées, retrouvées par les enquêteurs fin 2002 dans l'enquête sur l'affaire Galbardi.

Trois magistrats toulousains ont annoncé eux-mêmes qu'ils étaient nommés par ces témoins, tout en niant les faits en bloc. Parmi eux, le ministère de la Justice a limogé mercredi le procureur général, Jean Volff, remplacé par Michel Barrau.

Un ex-substitut de Toulouse, Marc Bourragué, aujourd'hui en poste à Montauban, a admis avoir rencontré Patrice Alègre pour un apéritif mais a expliqué qu'il ne savait pas à qui il avait affaire. (Reuters)

© La Libre Belgique 2003