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Ils avaient disparu du tableau depuis le début juillet mais les indépendantistes touaregs maliens viennent de se rappeler au bon souvenir du secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon.

Le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (nom donné par les Touaregs au Nord-Mali, leur berceau), le MNLA, apparaissait comme la principale force au sein de la coalition islamo-touarègue qui avait pris en une semaine, après le coup d’Etat militaire du 22 mars à Bamako, les principales localités du Nord-Mali. La coalition paraissait hétéroclite : si le MNLA, laïc, réclame (et a proclamé, sans reconnaissance aucune) l’indépendance de l’Azawad, les trois groupes islamistes (Ansar Dine, Aqmi et Mujao, majoritairement algériens et mauritaniens) qui l’appuyaient veulent imposer la charia à tout le Mali et refusent donc l’indépendance du nord.

Fin juin, les seconds ont mis fin à toute discussion en évinçant les Touaregs des villes conquises. Ceux-ci sont donc passés sous d’autres cieux, ou se font discrets, tandis que leurs chefs attendent leur heure en exil.

Mercredi, le représentant du MNLA en Europe, Mossa Ag Attaher, a écrit à Ban Ki-moon que "sans une implication franche et directe" des indépendantistes touaregs dans le règlement de la crise, "il est illusoire d’espérer une solution définitive et une paix durable ", "y compris l’extirpation du fléau islamo-narco-terroriste du Sahel et de l’Azawad" .

Dans un rapport paru en juin, le Grip (Groupe belge de recherche et d’information sur la paix et la sécurité, voir grip.org) dressait un panorama de l’utilisation du Sahel par les narco-trafiquants latino-américains. Georges Berghezan y soulignait que les salafistes algériens d’al Qaeda au Maghreb (Aqmi, le principal groupe armé présent au Nord-Mali), avaient "joué le rôle d’escorte armée et payée pour les transporteurs (de drogue) dans le désert" , tandis que l’armée et des notables maliens étaient "impliqués dans le trafic de cocaïne".

Interrogé par "La Libre Belgique", Ahmedou Ould Abdallah, diplomate mauritanien et ancien haut fonctionnaire de l’Onu, aujourd’hui à la tête du Centre stratégique pour la sécurité au Sahel/Sahara (centre4s.org), va plus loin encore. "Beaucoup pensent que les islamistes, c’est un faux-nez pour des trafics de toutes sortes - drogue, cigarettes, émigrés - comme en Afghanistan et en Somalie" , où le diplomate fut représentant spécial du secrétaire général de l’Onu. "Ce qu’on voit aujourd’hui n’est que la pointe de l’iceberg. C’est toute la région qui risque de sauter ", souligne M. Ould Abdallah.

Ce dernier redoute une opération militaire au Mali "tant qu’il n’y a pas de front commun dans la communauté internationale". "La plus grande lacune, c’est le manque d’harmonisation de l’action extérieure. Chacun va dire : ‘Moi je fais ceci mais pas cela.’ L’idéal serait d’amener d’abord les Maliens de Bamako à se réconcilier."

On note aussi des discordances au sein du MNLA. Si le représentant pour l’Europe, Mossa Ag Attaher, excluait mercredi "toute alliance contre nature " avec les islamistes, un autre représentant du mouvement, Ibrahim Ag Mohamed Asseleh avait, lui, lundi dernier, annoncé que le MNLA s’allierait "aux groupes islamistes et terroristes" en cas d’intervention armée internationale.

Longtemps victimes d’exclusion, les Touaregs "sont peu nombreux à avoir fait des études" , souligne un connaisseur de la région. "Ils se font donc facilement ‘avoir’, comme cela a été le cas avec les islamistes. Mais attention : ce sont de bons guerriers et de bons connaisseurs du désert. Face à eux, les troupes de la Cedeao (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest ) seront défavorisées par le fait qu’elles viendront de la savane ou de la forêt et qu’elles le savent."