International Israël Analyse Correspondante à Jérusalem

Benjamin Netanyahou encaisse un sérieux camouflet. Numériquement, il a gagné les législatives israéliennes de ce mardi. Mais il pourrait avoir du mal à former un gouvernement. Même s’il y parvient, ce gouvernement risque d’être instable. Et en tout cas, ce pourra difficilement être un gouvernement exclusivement de droite.

Certes, grâce au cartel qu’il a formé avec son ex-ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, Benjamin Netanyahou a obtenu le plus de voix dans les urnes. Les premières estimations dans la soirée ont crédité leur liste commune "Likoud-Beiténou" de 31 sièges sur les 120 que compte la Knesseth. Mais c’est loin de représenter la majorité écrasante sur laquelle M. Netanyahou tablait pour former librement la coalition de son choix, sans dépendre des autres partis, qu’ils soient de droite ou du centre. Son principal allié à droite, le parti ultranationaliste de Naftali Bennett, était crédité hier soir de 12 sièges sur 120 - moins qu’espéré.

La grande surprise, par contre, est la montée fulgurante du nouveau parti libéral, Yech Atid, fondé il y a à peine un an par le nouveau venu en politique Yaïr Lapid. Les premières estimations, hier soir, l’ont crédité de 18 à 19 sièges sur 120, le propulsant à la deuxième place après le tandem Netanyahou-Lieberman et le rendant désormais incontournable dans toute coalition gouvernementale.

Légère déception pour le parti travailliste de Cheli Yehimovitch, qui passait hier soir à la troisième place avec 17 sièges, et pour Tzipi Livni qui n’a enregistré que 6 à 7 sièges.

Mais l’essentiel pour les partis du centre gauche est le fait qu’en bloc, ils s’avèrent nettement plus forts que prévu, face au bloc de droite, allié "naturel" de M. Netanyahou. Ce qui pourrait les amener à s’unir à présent en front commun pour empêcher M. Netanyahou de former quelque gouvernement que ce soit et pour faire nommer un autre Premier ministre.

Car, en principe, le formateur et futur chef du gouvernement n’est pas nécessairement le chef de parti qui a fait le meilleur score, mais bien celui qui a le plus de chances de réunir une coalition majoritaire.

Les tractations entre les partis s’annoncent donc ardues et fébriles. Elles ont même déjà débuté hier soir, officieusement, en prévision des consultations que le président de l’Etat, Shimon Peres, va tenir avec chacune des factions élues à la nouvelle Knesseth, pour désigner celui qui formera le gouvernement. Ces consultations présidentielles commenceront la semaine prochaine, après la publication officielle des résultats électoraux, et devraient durer deux ou trois jours.

Une fois désigné, le formateur aura 28 jours, plus une rallonge éventuelle de 14 jours, pour composer son gouvernement. Le nouveau gouvernement pourrait donc voir le jour fin février ou début mars. En cas d’échec du formateur, le président de l’Etat désignera quelqu’un d’autre, et le calendrier redémarrera à zéro.

En tout cas, la composition et la stabilité du pouvoir israélien seront cruciales pour les mois à venir. Sur le plan domestique, le nouveau gouvernement devra rapidement s’attaquer au déficit du budget de l’Etat qui va croissant : près de 40 milliards de shekels - 4,2 % du PIB, ce qui est le double de ce qu’avait prévu le gouvernement Netanyahou sortant. Le nouveau gouvernement va devoir sabrer dans les dépenses publiques et augmenter les impôts pour épargner 14 milliards de shekels du budget 2013.

Sur le plan international, des projets se concoctent déjà en Europe et dans le monde arabe, et pourraient aussi émaner de la nouvelle administration Obama. Objectif : relancer le processus de paix israélo-palestinien au plus vite. Le roi Abdallah II de Jordanie se propose même d’inviter les négociateurs palestiniens et israéliens dès février à Amman pour qu’ils puissent reprendre contact entre eux et prendre la température politique. Le prochain gouvernement devra donc décider au plus tôt de la ligne à suivre.