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L'Union européenne a demandé au Royaume-Uni de lancer la procédure de sortie "dès que possible". Boris Johnson annonce une sortie de l'UE sans "précipitation". Le vote des Britanniques n'a pas d'effet immédiat ni contraignant. Ce vendredi, le Royaume-Uni est donc toujours membre de l'Union européenne. Il faudra sans doute plusieurs années de négociations entre ce pays et les autres Etats-membres pour trouver un accord sur les conditions de ce Brexit et sur les futures relations entre ce pays et l'Union européenne. Un blocage lors de ces négociations n'est pas à exclure.

Par ailleurs, l'Ecosse a déjà mis "sur la table" l'option d'un deuxième référendum d'indépendance.


L'Europe pressée d'en finir

Les dirigeants des institutions de l'UE ont pressé vendredi le Royaume-Uni de lancer "dès que possible" la procédure de sortie du pays après la décision historique des Britanniques de quitter le bloc. "Nous attendons maintenant que le gouvernement du Royaume-Uni rende effective cette décision du peuple britannique dès que possible", ont écrit les présidents du Conseil européen, Donald Tusk, de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, du Parlement européen, Martin Schulz, et de la présidence tournante de l'UE, le Néerlandais Mark Rutte.

"Nous nous tenons prêts à lancer les négociations", ont-ils ajouté, avant de préciser que l'accord conclu avec le Royaume-Uni au Conseil de février cessait d'exister et qu'il n'y aurait pas de renégociation de celui-ci. "Il s'agit d'une situation inédite mais nous sommes unis dans la réponse que nous lui apportons. Nous continuerons à défendre les valeurs européennes fondamentales afin de promouvoir la paix et le bien-être des peuples. L'Union des 27 Etats membres va continuer", ont-ils affirmé.

La sortie de l'Union européenne votée par les Britannique se fera "sans précipitation", a déclaré vendredi le chef de la campagne pour un Brexit, Boris Johnson, dans une première déclaration devant la presse.


Cameron vers la sortie

David Cameron a annoncé vendredi sa prochaine démission de ses fonctions de Premier ministre pour laisser à un autre le soin d'engager les négociations de sortie de l'Union européenne, après le vote des Britanniques pour un Brexit. "Les Britanniques ont pris une décision claire (...) et je pense que le pays a besoin d'un nouveau leader pour prendre cette direction", a déclaré M. Cameron, qui avait milité pour le maintien dans l'UE. M. Cameron a précisé qu'il resterait en place jusqu'à l'automne et la désignation d'un nouveau leader par son Parti conservateur lors de son congrès début octobre, dans une allocution devant le 10, Downing Street.

Alors que la décision des Britanniques de quitter l'UE a provoqué la panique sur les marchés financiers, avec une livre qui plongeait et des Bourses en forte chute en Asie et en Europe, M. Cameron, qui avait prédit le pire avant le référendum en cas de sortie, s'est voulu rassurant sur la santé économique de son pays. "Je voudrais rassurer les marchés et les investisseurs sur le fait que l'économie britannique est fondamentalement solide", a-t-il dit. "Je voudrais aussi rassurer les Britanniques qui vivent dans des pays européens et les citoyens européens vivant au Royaume-Uni sur le fait qu'il n'y aura pas de changement immédiat concernant leur situation", a-t-il ajouté.

"Il n'y aura pas de changement immédiat dans la manière dont notre population voyage, dont nos biens circulent et dont nos services sont vendus", a-t-il encore dit, soulignant que les discussions allaient démarrer avec l'UE pour négocier la sortie et mettre en œuvre l'article 50 du Traité de Lisbonne, qui encadre de telles négociations. Il a donc décidé de laisser ces discussions à son futur successeur à la tête des Tories.



Une sortie de l'UE sans "précipitation", affirme un Boris Johnson, hué devant chez lui

La sortie de l'Union européenne votée par les Britanniques se fera "sans précipitation", a déclaré vendredi le chef de la campagne pour le Brexit, Boris Johnson, hué devant sa porte par des manifestants pro-UE.

"Il n'y pas besoin de se précipiter", a déclaré l'ex-maire conservateur de Londres devant la presse lors de sa première apparition publique depuis l'annonce du résultat, après avoir été hué par une centaine de personnes en colère devant son domicile du nord de Londres.

"Honte à vous", "Vous allez le payer !", a hurlé la foule en le huant, tentant d'empêcher sa voiture de progresser tandis que la police essayait de faire barrage.

Lors de sa conférence de presse, Boris Johnson a affirmé que "comme vient de déclarer le Premier ministre, rien ne changera dans le court terme si ce n'est que le travail devra démarrer pour appliquer la volonté du peuple et sortir ce pays de ce système supranational" que constitue l'UE.



L'Ecosse annonce l'option d'un 2e référendum d'indépendance

La possibilité d'un second référendum d'indépendance de l'Ecosse est "sur la table", a déclaré vendredi à Edimbourg Nicola Sturgeon, Première ministre de la région septentrionale du Royaume-Uni, constatant que ses habitants avaient voté majoritairement contre le Brexit. "La possibilité d'un second référendum doit être sur la table et elle est sur la table", a déclaré devant la presse Mme Sturgeon, également chef du Parti national écossais (SNP). Organisé en septembre 2014, le référendum sur l'indépendance de l'Ecosse avait été remporté par le camp du non à 55% des voix.



Le Brexit l'emporte à 51,9%

Les Britanniques ont provoqué un tremblement de terre : ils ont voté en faveur d’un Brexit, d’un départ du Royaume-Uni de l’Union Européenne. Nigel Farage, le leader du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP), le seul parti officiellement favorable à une sortie de l’UE, est apparu le sourire aux lèvres. Après avoir fait savoir à la fermeture des bureaux de vote que le camp du maintien devrait l’emporter, il a totalement changé de point de vue vers quatre heures du matin alors que le décompte laissait entrevoir un retournement total des estimations. « C’est une victoire pour les vrais gens, pour les gens décents ! Nous nous sommes battus contre les multinationales, les banques, les grands partis politiques, les mensonges, et finalement la décence va gagner ! Nous avons gagné grâce à un travail sur le terrain de la part des supporters des partis travaillistes, conservateurs, de tous les partis ! Nous l’avons fait pas seulement pour nous mais aussi pour tous les gens d’Europe ! Et nous allons nous débarrasser du drapeau de Bruxelles et de tout ce qui va mal. Et l’aube se lève sur un jour historique : notre jour d’indépendance ! »

Le Premier Ministre et leader conservateur David Cameron avait initié ce référendum pour marginaliser son aile la plus eurosceptique et étouffer la progression de l’UKIP. Ce pari s’est retourné contre lui. Après avoir été l’un des principales voix eurosceptiques du pays, son retournement en faveur de l’UE n’a visiblement convaincu personne. Et surtout pas les électeurs travaillistes. Comme l’a expliqué Nigel Farage, « la victoire a été apportée par les régions travaillistes clés. Cela montre le décalage entre Westminster et les gens ordinaires. » Le taux de participation très élevé pour le pays (72,2%) montre que les partisans du Brexit se sont déplacés en masse pour faire savoir leur mécontentement. Et en particulier dans les anciennes régions industrielles, aujourd’hui déprimées.


Peu avant la fermeture des bureaux de vote, 86 des 135 députés conservateurs favorables au Brexit, dont son leader Boris Johnson, avaient appelé au maintien du Premier Ministre à son poste quel que soit le résultat. S’ils estiment cette situation préférable pour la stabilité politique du pays, surtout en vue des négociations à venir avec Bruxelles, David Cameron le voudra-t-il, avec une autorité et une crédibilité largement entamée ?

L’avenir du Royaume-Uni en tant qu’unité est également en péril. L’Angleterre et le Pays de Galles ont voté à 53,5% et 52,5% en faveur de la sortie alors que l’Irlande du Nord et l’Ecosse se sont prononcés à 55,8% et 62% pour un maintien dans l’UE. Et comme l’avait fait savoir l’ancien Premier Ministre écossais et leader historique du parti national écossais (SNP) Alex Salmond, « Si on se retrouve dans la situation où l’Ecosse vote pour rester et le reste du Royaume-Uni ou l’Angleterre entraîne l’Ecosse vers la sortie, cela justifierait selon moi un autre référendum ».

Au-delà du Royaume-Uni, le projet européen tout entier est aujourd’hui en péril. Les capitales européennes devraient réagir vivement à ce résultat. Surtout après que Paris, Berlin et Bruxelles aient fait savoir qu’ils se montreront fermes vis-à-vis de Londres en cas de Brexit. Les prochaines semaines s’annoncent mouvementées.


Une fracture générationnelle

Les instituts de sondage indiquent que ce sont majoritairement les 65 ans et plus qui ont voté pour le "Brexit" (58% pour / 33% contre), devant les 50-64 ans (49% pour / 35% contre).

Au contraire, les 18-24 ans se sont prononcés pour le "Remain" (64% contre le Brexit / 24 % pour le Brexit), tout comme les 25+49 ans (45% contre le Brexit / 39% contre le Brexit).


Réunion des chefs de la diplomatie des 6 fondateurs de l'UE samedi à Berlin

Les chefs de la diplomatie des six pays fondateurs de l'Union européenne se réuniront samedi à Berlin pour évoquer les conséquences du référendum britannique, a annoncé le ministère allemand des Affaires étrangères. "Le ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier recevra samedi 25 juin les ministres des Affaires étrangères français (Jean-Marc Ayrault), néerlandais Bert Koenders, italien (Paolo Gentiloni), belge (Didier Reynders) et luxembourgeois (Jean Asselborn) pour des discussions" et un "échange sur les thèmes actuels de la politique européenne", selon un communiqué.


Charles Michel appelle à un conclave en juillet

Le Premier ministre Charles Michel a lancé vendredi un "appel solennel" aux chefs d'Etat et de gouvernement et au président du conseil européen pour la tenue d'un conclave dès le mois de juillet, sans les Britanniques, pour "faire rebondir" le projet européen. Il s'agirait de définir "au plus haut niveau les grandes orientations politiques sur l'avenir de l'Europe", a indiqué le chef de gouvernement belge. Il faudra envisager selon lui comment "faire progresser" le marché intérieur, qui n'est pas suffisant, l'énergie, le marché digital et son potentiel d'emploi, de veiller à un "approfondissement de l'union économique et monétaire", et la la sécurité interne et externe de l'Union.

L'Europe doit apporter une "plus-value" au citoyen et ne pas être perçue comme une instance qui se contente de gérer des crises, a estimé le Premier ministre.

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Il convient de transformer ce "moment difficile" en une "opportunité", a indiqué Charles Michel qui s'est montré déçu du choix des Britanniques dont il respecte cependant l'expression à travers le suffrage universel. C'est une "claque", a dit le Premier ministre belge invitant toutefois à ne pas céder à la panique. La construction de l'Union européenne a été le plus beau rêve du vingt-et-unième siècle, il faut en construire un autre, a-t-il dit. "Ce n'est pas le choix que nous souhaitions, que nous espérions, néanmoins il faut le respecter". A présent, "la balle est dans le camp du gouvernement britannique dont on attend la notification sur base de l'article 50 du Traité de Lisbonne et je plaide pour une notification rapide, afin de lever aussi vite que possible toute incertitude", a estimé le Premier ministre évoquant un "délai de deux ans pour mener des négociations" de sortie avec la Grande-Bretagne et "trouver les modalités d'un nouvelle forme de collaboration".


Stoltenberg: le statut du Royaume-Uni dans l'Otan "reste inchangé"

La position du Royaume-Uni dans l'Otan "reste inchangée" après la décision prise par le pays de quitter l'Union européenne, a déclaré vendredi dans un communiqué le secrétaire générale de l'alliance militaire, Jens Stoltenberg. "A l'heure d'écrire le prochain chapitre de ses relations avec l'UE, je sais que la position du Royaume-Uni dans l'Otan restera inchangée. Le Royaume-Uni restera un allié fort et engagé de l'Otan." Doté de la dissuasion nucléaire et d'une armée capable de se projeter à l'extérieur, Londres est un des membres majeurs de l'organisation et un allié proche de Washington.

"Une Otan forte, unie et déterminée reste un pilier essentiel de stabilité dans un monde turbulent, et un élément clé de la paix et de la sécurité internationales", a plaidé M. Stoltenberg, qui a promis que l'Alliance restait déterminée à une "coopération plus étroite" avec l'UE (dont 22 membres appartiennent à l'Otan). L'Otan doit se retrouver à Varsovie les 8 et 9 juillet pour un sommet de ses 28 chefs d'Etat et de gouvernement qui doit entériner un durcissement de la posture de l'organisation face à la Russie.


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