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Se sachant sur le départ, Theresa May a sorti ses derniers atouts. Elle a placé les députés, et en particulier ceux de l’opposition, face à leurs responsabilités. “J’ai fait un compromis. Je demande maintenant aux autres d’en faire un aussi pour qu’ensemble nous puissions concrétiser ce pour quoi les Britanniques ont voté pendant le référendum, et quitter l’Union européenne.”

Après avoir pendant des mois tenté de convaincre les eurosceptiques les plus radicaux de son parti, Theresa May ouvre désormais la porte aux partis de l’opposition. Lors d’un discours prononcé mardi après-midi, elle a annoncé que les députés de la Chambre des Communes auront la possibilité d’imposer au gouvernement le maintien du Royaume-Uni dans une union douanière temporaire avec l’UE et l’organisation d’un second référendum.

Les députés au pied du mur

Lors de la semaine du 3 juin, les députés seront en effet appelés à adopter la loi de retrait de l’UE, qui intègre notamment l’accord négocié avec les Vingt-sept. Avant cela, un vote les obligera à choisir entre quitter l’union douanière, l’option défendue par le gouvernement, et une option de compromis qui vise à rester dans “une union douanière temporaire limitée aux seuls bien, incluant la possibilité pour le Royaume-Uni d’avoir son mot à dire dans la politique commerciale de l’Union européenne”.

Ce fut le principal point d’achoppement avec le Labour pendant leurs six semaines de négociation, qui ont pris fin vendredi dernier : le parti travailliste veut le maintien dans une union permanente, même si elle “laisserait l’UE négocier notre politique commerciale”, dixit Theresa May.

Sa principale concession concerne la possibilité d’un second référendum. Si la loi de retrait est adoptée dans deux semaines, les députés voteront ensuite pour ou contre la tenue d’un second référendum sur le Brexit. S’ils votent en sa faveur, le gouvernement l’organisera avant la ratification de l’accord avec les Vingt-sept. S’ils votent contre, l’accord sera alors ratifié sans plus attendre et le Brexit aura lieu.

Le 29 mars, 34 députés conservateurs s’étaient opposés à son accord, rejeté par 58 voix. Dès son annonce terminée, une dizaine d’autres ont explosé leur colère. “Donc, si nous adoptons la loi de retrait de l’UE, nous permettons à ce parlement favorable au maintien dans l’UE d’insister pour l’organisation d’un second référendum et le maintien dans une union douanière ?”, s’est agacé Simon Clarke. “C’est scandaleux.”

Theresa May espère que cette colère demeurera restreinte à une poignée d’élus et qu’elle parviendra en échange à convaincre quelques-uns des 266 élus de l’opposition qui ont voté le 1er avril en faveur d’un second référendum et contre son accord. Alors que les Britanniques voteront jeudi dans le cadre de l’élection européenne, aucun d’entre eux ne veut pourtant tendre la main à un parti conservateur à la dérive dans les sondages. Le chef du Labour Jeremy Corbyn, ambiguë sur la question d’un second référendum, estime au premier abord que ces propositions ne sont qu’une “version retravaillée du même vieil accord”. Le responsable des libéraux-démocrates, partisans infatigables d’un second référendum, a en revanche prévenu qu’il rejettera la loi tant que “l’option d’un second référendum ne sera pas inscrite dans la législation”. Une étrange réaction qui ressemble à un pari à court terme qui pourrait bien écarter la seule possibilité de voir la tenue d’un second référendum.