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Les ministres européens des Finances sont appelés mardi à avaliser une rallonge de 11,2 milliards d'euros pour solder les impayés de 2012 et débloquer les négociations sur le budget 2014-2020, mais l'accord n'était toujours pas acquis lundi, ont indiqué à l'AFP plusieurs négociateurs. La présidence irlandaise de l'UE s'est engagée auprès du Parlement européen à faire approuver le règlement immédiat d'une première tranche de 7,3 milliards d'euros et à obtenir l'engagement des ministres de solder le reliquat de 3,9 milliards avant la fin de cette année.

Un vote sera nécessaire. Or la majorité qualifiée requise n'était pas réunie lors de la dernière réunion préparatoire la semaine dernière, a confié une source européenne. Plusieurs Etats ont émis des réserves sur le montant des impayés. Les Britanniques et les Néerlandais se montrent les plus réticents à mettre la main au portefeuille, et leurs objections sont partagées par l'Allemagne, l'Autriche, la Suède, la Finlande et le Danemark.

"Le Parlement européen est disposé à faire confiance, mais pas à se retrouver le dindon de la farce", a averti lundi le président de l'Alliance des Démocrates et Libéraux (ADLE) au Parlement européen, Guy Verhofstadt, qui dénonce la duplicité des gouvernements européens. "Si une minorité de blocage s'oppose à cette solution, alors les négociations sur le budget pluriannuel 2014-2020 seront gelées", a affirmé à l'AFP le négociateur du Parlement européen, le conservateur français Alain Lamassoure.

Le Parlement européen a conditionné les deux négociations, ce que refusent d'accepter les Etats. En "signe de bonne volonté", les négociateurs du Parlement européen ont accepté de participer lundi à la première réunion de négociations avec les Etats sur le budget pluriannuel 2014-2020. Chacune des deux parties entend jauger la volonté de l'autre de conclure un accord, a-t-on expliqué.

Dans ce cas, la France devrait ajouter 1,8 milliard d'euros à sa contribution nationale en 2013. La facture serait de près de deux milliards pour l'Allemagne et de 1,2 milliard pour le Royaume-Uni. En l'absence d'accord, le Parlement européen se dit prêt à rejeter en juillet le compromis trouvé en février par les dirigeants de l'UE sur le budget pluriannuel pour 2014-2020, qui prévoit 960 milliards d'euros en crédits d'engagements et 913 milliards en crédits de paiements.

Des progrès attendus dans la lutte contre la fraude fiscale

Des progrès sont attendus demain/mardi sur le front de la lutte contre l'évasion fiscale en Europe, à l'occasion d'une réunion des 27 ministres des Finances. Une majorité d'Etats veulent faire progresser l'échange automatique d'informations sur les revenus financiers - entre eux mais aussi avec des pays tiers dont la Suisse. La situation budgétaire difficile pousse la communauté internationale à faire progresser l'échange automatique d'informations, un régime beaucoup plus poussé que l'information "à la demande" qui prévaut aujourd'hui. Le nouveau standard devient, peu à peu, la norme privilégiée par le G20 et par l'OCDE.

Au niveau de l'Union européenne aussi, il est question de l'adopter pour plusieurs catégories de revenus financiers. En matière d'intérêts sur l'épargne, les 27 envisagent de donner un mandat à la Commission européenne afin qu'elle négocie un échange automatique avec cinq pays tiers (Suisse, Saint-Marin, Andorre, Liechtenstein et Monaco). Un tel régime impliquerait un changement de cap pour l'Autriche et le Luxembourg, les deux seuls pays de l'Union qui n'appliquent eux-mêmes pas encore cette transparence totale.

Dans le même temps, les 27 travaillent à renforcer la directive sur l'épargne en question, afin qu'elle ne soit plus contournée. A l'heure actuelle, il est toujours aisé d'éviter l'impôt via des produits d'assurance, des trusts ou des fondations à l'étranger. Mais ici aussi, l'Autriche et le Luxembourg sont réticents. D'autres dispositions seront également au menu de la réunion, notamment une clause anti-abus européenne et la définition de critères communs pour les paradis fiscaux.

Cette évolution significative du débat européen - certains dossiers étaient bloqués depuis des années - s'inscrit dans le contexte de difficultés budgétaires, mais aussi des récents scandales fiscaux qui ont ébranlé l'Europe (OffshoreLeaks, affaires Cahuzac en France et Hoeness en Allemagne). L'évasion fiscale sera même le sujet principal du prochain sommet européen, le mercredi 22 mai.