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Quand Montevideo a évoqué son intention de légaliser le cannabis, les réactions sont venues de toute l’Amérique, flagellée par le trafic de drogue. Loin des clichés, le premier à réagir fut le président de droite du Guatemala, le général Otto Perez - qui avait déjà évoqué cette idée dès le début 2012. Après "cinquante ans d’échec du combat contre le narcotrafic" , le continent doit "chercher de nouvelles voies pour le combattre de manière plus efficace et réduire la violence que provoquent les organisations criminelles" .

L’échec du tout répressif

En 2013, l’ex-président de droite du Mexique, Vicente Calderón, s’est prononcé pour la légalisation à son tour, constatant l’échec de "la guerre" menée contre les trafiquants par son successeur du même parti, Felipe Calderón, qui a fait 70 000 morts en sept ans. Le district fédéral de Mexico, dirigé par la gauche, a déjà ouvert le débat sur la dépénalisation, alors que le ministre de l’Intérieur du Venezuela chaviste (un des grands pays de trafic) se cantonnait dans une prudente expression de préférence pour "la prévention" et que le président de la Colombie (principal producteur de cocaïne) demandait "une approche commune" pour éviter "les distorsions" d’un pays à l’autre, mais acceptait le débat réclamé sur ce sujet par la guérilla des FARC.

C’est que le Guatemala, le Honduras et surtout le Mexique sont le passage obligé de 90 % des drogues qui aboutissent aux Etats-Unis, principal consommateur mondial. Mais Washington ne veut pas entendre parler de légalisation, bien que sa politique de répression envers producteurs et distributeurs soit un échec patent, même si elle lui a permis d’installer des bases et une grande liberté de mouvement pour ses agents dans plusieurs pays d’Amérique latine. Et bien que le Colorado et la Californie (qui consomme 500 t de cannabis/an, contre 22 en Uruguay) aient légalisé l’usage récréatif de cette drogue et qu’un ancien patron de Microsoft, James Shively, projette de créer la première marque de cannabis.

Washington refuse aussi de réguler la vente libre des armes à feu sur son territoire, bien que ce soit la principale source d’armes des trafiquants et de l’hécatombe provoquée par les conflits liés à la drogue sur le continent. L’administration Obama préfère dire que sa stratégie est "mal comprise" .

Un État dans l’État

Reste que, selon l’Organisation des Etats américains, 50 % des consommateurs d’héroïne, 45 % de ceux de cocaïne et 25 % des acheteurs de cannabis vivent en Amérique, où le taux de meurtres est le double de la moyenne mondiale : 16 pour 100 000 habitants. Mais, selon l’Onu, la vente de cocaïne seule rapporte 85 milliards de dollars/an - dont 35 aux Etats-Unis.

Pour les partisans de la dépénalisation, c’est l’interdiction qui crée le problème, comme ce fut le cas avec la prohibition de l’alcool aux Etats-Unis (1920-1933), en mettant le commerce des drogues dans les mains de mafias de plus en plus cruelles, de plus en plus avides d’accrocher irrémédiablement les consommateurs à leurs produits qui leur rapportent des sommes de plus en plus folles. En Europe, la cocaïne est vendue 60 à 65 euros le gramme; le kilo va de 35 000 à 50 000 euros. Les trafiquants sont si riches qu’ils achètent tous et tout, jusqu’à des sous-marins pour transporter leurs produits, et qu’ils sont parfois équipés d’armes plus sophistiquées que les gouvernements des pays où ils vivent, créant un Etat dans l’Etat.