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L'ex-président séparatiste de la Catalogne, Carles Puigdemont, n'est pas près de quitter la scène politique catalane. Au contraire, il envisage d'intégrer celle européenne, avec l'objectif clair d'internationaliser le conflit entre Madrid et Barcelone. Installé en Belgique depuis sa destitution, M. Puigdemont a annoncé mercredi sa candidature aux élections européennes de mai 2019, lors d'une conférence de presse à Bruxelles. 


"Il s'agit de porter la voix de cette Catalogne qui se veut être une république indépendance au sein d'une institution de l'Europe, dire que le conflit qu'il y a en Catalogne est un sujet européen qui mérite d'être écouté. Il faut agir de l'intérieur du Parlement européen pour s'exprimer au nom de ceux qui ne peuvent pas le faire", a-t-il déclaré, en référence au 12 dirigeants séparatistes catalans dont le procès se déroule actuellement devant la Cour suprême, à Madrid.Parmi eux, l'ancien vice-président Oriol Junqueras risque une peine de 25 ans de prison s'il est reconnu coupable de rébellion et de détournement de fonds publics pour l'organisation, en octobre 2017, d'un référendum sur l'indépendance de cette région du nord-est de l'Espagne.

"L'Europe fait partie de la solution" de la crise en Catalogne

En présence de ses anciens ministres régionaux Clara Ponsati et Toni Comín, également établi en Belgique, et du nationaliste basque Gorka Knörr, M. Puigdemont a présenté la liste du parti indépendantiste Junts per Catalunya (JxCat). L'enjeu est clair : si les séparatistes n'ont eu cesse de dire que la crise catalane est bel et bien européenne, il s'agit de porter effectivement le débat sur l'indépendance de la Catalogne au coeur de l'Union. "Nous désirons combattre démocratiquement et pacifiquement au sein des institutions européennes car l'Europe constitue une partie de la solution. La crise catalane ne peut se permettre le luxe de renoncer à cette plateforme privilégiée", a assuré Toni Comín.

Sous le slogan de campagne "Libres à travers l'Europe", Carles Puigdemont estime que son parti engage une bataille "pour renforcer les valeurs fondamentales de l'Europe, parmi lesquelles la diversité". Il a ainsi lancé un appel aux citoyens "déçus" par la gestion de la crise catalane mais aussi migratoire, arguant qu'il fallait renforcer la confiance en une Europe qui témoigne d'un engagement profond envers les droits humains.

Puigdemont pourra-t-il devenir député européen ? 

Reste une grande inconnue : s'il venait à récolter les voix nécessaires, Carles Puigdemont pourra-t-il effectivement devenir député européen, sans passer par l'Espagne où il fait toujours l'objet d'un mandat d'arrêt pour rébellion et sédition ? Cette question a déjà provoqué un intense débat juridique dans la péninsule ibérique. Car la loi espagnole stipule qu'une fois les votes comptés, les sièges attribués, "les candidats élus doivent jurer ou promettre le respect de la Constitution devant le Conseil électoral central " à Madrid, avant d'obtenir un certificat qui les accrédite en tant qu'eurodéputés. Si d'aucuns estiment qu'il n'est pas nécessaire de recueillir cet acte en personne, il n'en va pas de même pour la déclaration préalable de respect de la Constitution.

Un enième bras de fer en vue avec Madrid 

Les indépendantistes contestent toutefois cette interprétation de la loi. "La difficulté n'est pas d'ordre légal mais électoral", a déclaré mercredi M. Puigdemont, estimant ainsi que ce sont les voix des citoyens et elles seules qui feront ou pas de lui un membre du Parlement européen. L'ancien leader indépendantiste estime ainsi que s'il venait à être élu démocratiquement, il bénéficiera immédiatement et automatiquement de l'immunité accordée aux eurodéputés dans toute l'Union, y compris en Espagne. Le débat juridique porte donc également sur le moment à partir duquel cette immunité prévaudrait et permettrait ainsi à M. Puigdemont de rentrer en Espagne sans risquer la prison. Conscient du bras de fer qui s'annonce avec les autorités espagnoles, M. Puigdemont a d'ores et déjà mis en garde qu'il n'hésiterait pas à porter l'affaire devant la Cour de justice de l'UE.

Quelle famille politique pour Junts per Catalunya? 

À la question de savoir à quelle famille politique européenne la formation se destinait, le leader indépendantiste est resté vague, évoquant "un groupe qui défend le droit à l'autodétermination, qui est contre la répression et s'investit clairement dans les droits humains". Pour l'instant, le parti PedeCat de Puigdemont (qui a formé, avec d'autres personnalités indépendantes Junts per Catalunya) siège au sein de l'Alliance des libéraux et démocrates européens (ALDE). Mais les indépendantistes pourraient tenter de créer une nouvelle force politique de partis régionalistes européens, notamment ceux de l'Alliance libre européenne (ALE, dans le même groupe que les Verts), dont font partie notamment les indépendantistes catalans d'Esquerra republicana.