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Depuis le début de cette semaine, 35 cas de choléra ont été recensés dans un village proche de Gao, la principale ville du Nord-Mali. Deux de ces malades recensés à Wabaria, sur le fleuve Niger, sont décédés mais le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) pense que la situation est "maintenant sous contrôle" dans la localité.

On craint cependant la contagion à Gao. La ville est sous contrôle d’islamistes étrangers et maliens depuis le début avril, quand une coalition de djihadistes de diverses nationalités, d’indépendantistes touaregs et de voyous a pris le contrôle du Nord-Mali, soit plus de la moitié du territoire malien.

Depuis lors, les indépendantistes touaregs ont été évincés par les islamistes - qui semblent avoir cependant du mal à administrer les zones qu’ils ont prises.

Cette semaine, ils ont exhorté les habitants de Gao à ne pas consommer l’eau du fleuve Niger mais, comme d’autres villes du Nord-Mali, celle-ci est menacée d’une coupure totale du réseau d’eau potable en raison du manque de carburant pour faire fonctionner les pompes et de produits chimiques pour purifier l’eau. L’antenne locale de la Société malienne de gestion de l’eau potable pourrait être à court de produits d’ici la fin de la semaine prochaine.

Le responsable local de cette société d’Etat a indiqué à l’AFP avoir informé Bamako mais le sud du pays est toujours plongé dans la désorganisation depuis le coup d’Etat militaire du 22 mars, qui avait facilité l’invasion du Nord par la coalition djihado-touarègue. Si le pouvoir a été formellement rendu à des civils, les institutions ne fonctionnent pas encore comme auparavant.

Combien de temps faudra-t-il avant que l’approvisionnement en produits chimiques arrive à Gao ? Après quelles difficultés pour traverser les lignes militaires ? L’armée putschiste de Bamako a intérêt à un chaos au Nord, aux mains de ses ennemis.

A Kidal et à Tombouctou, les deux autres villes du Nord-Mali administrées par des islamistes, l’approvisionnement en eau potable est également perturbé, pour les mêmes raisons. Jusqu’ici, la population s’en sort - notamment parce que les islamistes et des organisations humanitaires ont fourni du carburant pour faire tourner les pompes. Mais le choléra n’y menace pas comme à Gao. Pour le moment du moins. Tombouctou est située à quelques kilomètres du fleuve Niger; Kidal est plus isolée.

L’Unicef (agence de l’Onu pour l’enfance) s’est déclaré vendredi "gravement préoccupé" par la situation des enfants au Nord-Mali. "Des preuves rassemblées depuis fin mars montrent qu’au moins 175 enfants de 12 à 18 ans ont été recrutés par les groupes armés; qu’au moins 8 filles ont été violées ou abusées sexuellement; deux garçons de 14 et 15 ans ont été tués dans des incidents séparés", victimes d’engins explosifs, "et 18 enfants mutilés". Les islamistes ont miné les abords de certaines villes pour se défendre d’une contre-offensive des indépendantistes touaregs évincés ou d’une opération militaire des pays voisins, désireux de rétablir l’ordre constitutionnel au Mali.

L’Unicef s’inquiète également de "la fermeture de la vaste majorité des écoles dans toute la région", ce qui affecte "jusqu’à 300 000 enfants" rien que pour l’école primaire. "Les enfants qui ne vont pas à l’école sont encore plus exposés à l’enrôlement" par des groupes armés, "à la violence et à l’exploitation", souligne l’agence onusienne.

En outre, la population du Nord-Mali occupé est aussi victime d’une "crise nutritionnelle grave" liée à la sécheresse qui frappe presque tout le Sahel. Au Mali, 560 000 enfants sont menacés de malnutrition grave - surtout dans le sud - dont 175 000 risquent de mourir de faim sans aide. Les populations déplacées par l’occupation du Nord-Mali sont parmi les plus vulnérables; il y a 150 000 personnes dans ce cas au Mali et 180 000 dans les pays voisins.