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Les affrontements entre l'armée congolaise et le M23 continuent de faire rage dans l'est du Congo. Les rebelles ont pris le contrôle de la ville de Goma, et ne semblent pas disposés à s'arrêter là. L'occasion de s'interroger sur l'identité et les motivations, affichées ou cachées, du M23. Marie-France Cros, notre journaliste spécialiste de l'Afrique, répond à nos questions.

Qui sont les membres du M23 ?

"Ce sont d'anciens rebelles tutsis congolais qui avaient été intégrés à l'armée. Face à l'absence de réaction du président Kabila devant leurs revendications, ils se sont d'abord mutinés, avant de se transformer en véritable rébellion."

Quelles étaient leurs revendications ?

"Elles sont doubles. Des revendications "syndicales" d'abord : le M23 exige une meilleure tenue de l'armée congolaise, avec de meilleurs salaires et des conditions de vie moins inhumaines. Des revendications régionales, ensuite : les rebelles luttent pour le retour en RDC des réfugiés congolais tutsis, et pour une meilleure protection de ces Tutsis dans les deux provinces du Kivu."

Pourquoi les Tutsis ne sont-ils pas en sécurité au Kivu ?

"À cause des FLDR, les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda. C'est un groupe issu d'anciens génocidaires hutus rwandais qui ont trouvé refuge dans les provinces de l'Est. Depuis 2009, la RDC et le Rwanda luttaient de concert dans la région contre les FDLR, avant que le président Kabila ne décide de mettre fin aux opérations au printemps dernier. C'est ce qui a mis le feu aux poudres. Le M23 a alors été créé. Chaque avancée significative, chaque nouvelle ville prise est une manière de mettre la pression sur Kabila, de l'amener à céder aux revendications des Tutsis. Mais le président ne craque pas. Et la progression du M23 continue."

Jusqu'à Kinshasa ?

"C'est en tout cas le nouvel objectif annoncé par le M23. Les succès militaires leur font revoir leurs ambitions à la hausse. Ils espèrent ainsi rendre la situation insoutenable et en arriver à un renversement populaire du président Kabila.

Quels scénarios envisager en cas de chute du président ?

"Il y a deux scénarios : une prise de pouvoir d'Etienne Tshisekedi, grand rival de Kabila lors des présidentielles frauduleuses de 2011. Une situation qui n'avantagerait en aucun cas les Tutsis, puisque le parti de Tshisekedi accuse Kabila d'être lui-même tutsi.

L'autre possibilité, bien moins probable, ce serait l'arrivée au pouvoir d'une "créature" du Rwanda, qui se cache derrière le M23. Là, c'est le peuple congolais qui n'accepterait pas le scénario. Mais, pour le Rwanda comme pour le M23, une prise de Kinshasa et un renversement du président ne sont pas un scénario idéal. L'objectif est avant tout de faire craquer Kabila sous la pression."

Vous évoquez le rôle de l'ombre joué par le Rwanda. Quels sont leurs intérêts dans ce conflit ?

"Tout d'abord, les Rwandais ont des problèmes sécuritaires avec la région du Kivu. Toujours à cause des FDLR, qui sévissent à la frontière entre Rwanda et Kivu en menaçant notamment la sécurité des Tutsis. Une menace que Kigali aimerait écarter.

Ce conflit pourrait aussi permettre au Rwanda de calmer ses officiers en les laissant s'enrichir au Congo. Le pays éviterait surtout l'alliance de ses soldats avec d'autres groupes armés pour tenter de renverser le régime rwandais."

Qu'en est-il des objectifs économiques ? Les Rwandais ne visent-ils pas les richesses du Kivu ?

"C'est un argument que l'on évoque toujours, surtout du côté des ONG parce qu'il est facile à comprendre, mais ce n'est pas tout à fait exact. Il faut se rendre compte de la situation dans laquelle vivent les gens à l'est du Congo. Il n'existe pratiquement aucune route entre Kinshasa et la région du Kivu. Un camion ne pourrait jamais relier les deux extrémités du pays. C'est un bulldozer qu'il faudrait. Impossible également de transporter les minerais en avion, car ils sont beaucoup trop lourds.

Le commerce se fait donc naturellement avec les voisins et le Kivu vend ses richesses au Kenya, à l'Ouganda et au Rwanda. Faire une guerre pour un commerce qu'il contrôle déjà est donc inutile pour Kigali."