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Le limogeage et l’exécution, annoncée vendredi, de l’ancien numéro deux du régime communiste nord-coréen Jang Song-Thaek, par ailleurs oncle du dictateur Kim Jong-Un, confirment qu’une crise politique majeure secoue la dernière citadelle stalinienne de la planète, et que le pouvoir en place entend y faire face en instaurant un climat de terreur susceptible de n’épargner personne, pas même les dignitaires jusque-là les plus craints.

Les commentaires publiés par les médias officiels nord-coréens (une phraséologie digne de la Révolution culturelle chinoise et qui ferait pleurer de rire si les circonstances n’étaient pas aussi inquiétantes) livrent des enseignements éclairants sur ce qui se passe à Pyongyang, avec une transparence aussi involontaire qu’inhabituelle.

Premièrement, il y a bien eu une tentative d’évincer le jeune Kim Jong-Un, deux ans après qu’il eut succédé à son père, Kim Jong-Il. " L’accusé est le plus grand traître de tous les temps qui a perpétré des actes factieux antiparti et contre-révolutionnaires afin de renverser la direction de notre parti et de l’Etat, ainsi que le système socialiste ", rapporte ainsi l’agence de presse KCNA. Vice-président de la toute-puissante Commission de la Défense nationale, Jang a visiblement tenté d’entraîner l’armée dans un putsch. L’agence précise que Jang, "qu i était pire qu’un chien", nourrissait ce projet depuis longtemps, mais n’avait pas osé passer à l’action du vivant de Kim Il-Sung (le fondateur de la dynastie) et de son fils Kim Jong-Il. De source sud-coréenne, on ajoute que Jang aurait soutenu Kim Jong-Nam, demi-frère de Kim Jong-Un, en rupture de ban avec le régime.

Deuxièmement, la direction nord-coréenne est parfaitement consciente du désespoir de la population face à une situation économique et sociale dramatique, et les putschistes entendaient visiblement l’exploiter pour justifier leur prise du pouvoir. " J’ai essayé d’attiser le mécontentement des militaires et de la population alors que le régime actuel ne fait rien pour empêcher l’économie nationale et les conditions de vie d’aller à la catastrophe ", déclare Jang dans la confession que KCNA lui attribue. L’agence officielle ajoute que l’accusé avait l’intention, une fois au pouvoir, de puiser généreusement dans ses caisses noires bien garnies pour "résoudre les problèmes des gens" et être ensuite acclamé en sauveur.

Troisièmement, en reprochant à Jang Song-Thaek d’avoir caressé le "rêve fou" d’afficher son credo "réformiste" pour obtenir en peu de temps, après sa prise du pouvoir, la reconnaissance des pays étrangers, KCNA accrédite l’idée que l’ex-mentor de Kim Jong-Un était favorable à des réformes à la chinoise pour sortir la Corée du Nord de son arriération. Lors du procès expéditif organisé avant son exécution, Jang a été accusé d’avoir bradé le "territoire national" pour créer une zone de libre-échange près de la frontière chinoise. De source sud-coréenne citée par des médias chinois, deux vice-Premiers ministres nord-coréens (chargés de la planification et de l’industrie chimique) auraient par ailleurs fui en Chine.

Le mutisme observé à Pékin sur les purges en cours à Pyongyang ne peut que dissimuler embarras et irritation. La Chine soutient à bout de bras son voisin exsangue, mais n’a pourtant aucune prise sur lui, et cela malgré la présence parmi les sept membres du Comité permanent du Bureau politique, l’organe suprême du pouvoir, de Zhang Dejiang, un rare expert de la Corée du Nord qui étudia à l’Université Kim Il-Sung à la fin des années 1970.