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Un avion de ligne malaisien s'est écrasé jeudi dans l'Est de l'Ukraine, dans une zone contrôlée par les séparatistes prorusses, et le président ukrainien Petro Porochenko n'a pas exclu qu'il ait pu être abattu, tandis qu'aucun survivant n'a été retrouvé. Des journalistes de l'AFP arrivés sur les lieux du drame n'ont vu aucun signe de survivants dont l'absence a par ailleurs été a été confirmée par plusieurs témoins.

Des Belges parmi les victimes

De nombreuses nationalités étaient représentées au sein de l'avion malaisien qui s'est écrasé jeudi dans l'est de l'Ukraine avec 298 passagers. Selon la compagnie aérienne Malaysia Airlines, il y avait 154 Néerlandais à bord. Un nouveau décompte annonce qu'outre ces passagers, il y avait 27 Australiens, 23 Malaysiens, 11 Indonésiens, 6 Britanniques, 4 Allemands, 4 Philippins, 1 Canadien et 4 Belges.

Plus tôt, il avait été annoncé par le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders qu'un ou deux Belges avaient réservé une place sur le vol, qui devait relier Amsterdam à Kuala Lumpur.

Barack Obama a assuré que "les Etats-Unis offriront tout leur soutien pour aider à déterminer ce qui s'est passé et pourquoi". "Nous travaillons pour déterminer s'il y avait des citoyens américains à bord. C'est notre première priorité", a ajouté au début d'un discours dans le Delaware le président américain, qui s'est entretenu par téléphone avec son homologue russe Vladimir Poutine.

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L'avion malaisien abattu par un missile sol-air

Les analystes du renseignement américain "croient fortement" qu'un missile sol-air a abattu le Boeing 777 et ils sont en train d'examiner les données afin de déterminer si le missile a été tiré par les séparatistes prorusses de l'est de l'Ukraine, les soldats russes de l'autre côté de la frontière ou les forces gouvernementales ukrainiennes, a expliqué l'un de ces responsables sous couvert d'anonymat.

Le vice-président américain, Joe Biden, a en même temps expliqué que cette hypothèse était la plus vraisemblable, bien que les Etats-Unis n'en soient pas encore absolument certains.

"Un avion malaisien, parti d'Europe de l'ouest pour Kuala Lumpur, alors qu'il traversait ou qu'il se trouvait près de la frontière entre l'Ukraine et la Russie, apparemment - et je dis bien apparemment car nous n'avons pas encore tous les détails et je veux être sûr de ce que je dis - a apparemment été abattu", a-t-il dit lors d'un déplacement à Détroit. "Abattu. Pas un accident. Explosé dans le ciel", a-t-il ajouté.

Un responsable américain a expliqué que les analyses étaient toujours en cours, mais qu'il ne faisait guère de doute qu'il s'agissait d'un missile sol-air.

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Des missiles dont disposent Russes et Ukrainiens

Les forces russes et ukrainiennes possèdent toutes deux des variantes du système de missiles sol-air de moyenne portée Buk, dont les SA-11 et SA-17, capables d'atteindre des cibles à une altitude de 25 kilomètres. Le vol MH17 de la Malaysia volait à environ 10 km d'altitude, trop haut pour les systèmes portables.

Dans la terminologie de l'Otan, les missiles Buk sont désignés sous le terme de "Gadfly". Les missiles sol-air Buk sont très répandus. Avant le début du conflit ukrainien, Kiev en possédait six à huit batteries, a expliqué à l'AFP Edward Hunt, analyste de défense chez IHS Jane.

La Russie en possède beaucoup plus, ainsi que des systèmes sol-air plus sophistiqués, notamment le S-300 et le S-400, mais on ignore si ces systèmes sont déployés dans la région.

L'usage de Buk requiert plus d'expertise que les systèmes portables, ce qui semble écarter l'hypothèse d'une utilisation par les séparatistes prorusses de l'est de l'Ukraine, selon Edward Hunt.

"En général, les forces rebelles ou séparatistes n'en ont pas, pour la bonne raison que leur utilisation requiert beaucoup d'hommes, beaucoup d'entraînement et beaucoup de pièces détachées", dit cet expert militaire. Les systèmes Buk sont mobiles, installés sur des véhicules. Ils peuvent frapper des avions, des hélicoptères, des missiles de croisière ou d'autres cibles.

Ils ont été vus sur la Place rouge à Moscou, lors de parades militaires soviétiques, et ont commencé à être fabriqués dans les années 1970. Les dernières versions sont fabriquées dans une usine à Ulyanovsk par le fabricant Almaz-Antey, visé par les récentes sanctions américaines.

L'horreur dans les champs

"C'est pas beau a voir", avertit un milicien séparatiste prorusse. Dans le fossé, les armatures de deux sièges de l'avion. Deux torses y sont encore maintenus par des ceintures de sécurité.

Partout dans les champs alentours, des dizaines de corps, souvent déchiquetés, des membres épars. En plein milieu de la petite route de campagne, un pied sectionné témoigne de la violence du choc.

L'avion s'est désintégré et des débris ont même été retrouvés dans un village à dix kilomètres, expliquent des habitants. "Je m'étais assoupie, il devait être environ 16h00", dit Katia, 62 ans. "Il y a eu un énorme bruit, ça a secoué comme un tremblement de terre".

Un réacteur, un train d'atterrissage et un gros morceau de fuselage sont tombés dans le champ juste en face de sa ferme. Ils brûlent encore par endroits dans une forte odeur de kérosène. Le chemin de campagne sur lequel ils se sont écrasés a été oblitéré.

"Je me suis cachée dans la cave avec mon bébé", dit Natalia, 36 ans. Son mari, Alexandre, 43 ans, montre la palissade en bois de la ferme, noircie par les flammes. "Les raisins de la treille ont aussi brûlé, on a eu beaucoup, beaucoup de chance", dit-il.

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Quand ils ont entendu une première explosion, l'avion était encore en l'air, mais déjà en train de se désintégrer. La guerre entre séparatistes et loyalistes n'avait pas touché leur hameau, mais, à l'occasion des combats des derniers jours dans des localités un peu à l'est, plus proches de la frontière russe, ils ont vu voler les avions de chasse ukrainiens.

"Ces pauvres gens" soupire Natalia, "vous croyez qu'ils comprenaient quelque chose à cette guerre en Ukraine ? Déjà que nous, on n'y comprend rien".

Les premiers secours sont arrivés une vingtaine de minutes après l'accident, mais sans espoir de retrouver des survivants. Deux lances à incendie s'étirent inutilement dans le champ, témoignant de l'impuissance des pompiers locaux face a l'ampleur de la catastrophe.

"Les chefs doivent installer un QG et nous dire quoi faire, alors on le fera", soupire l'un d'eux.

La nuit tombe. Pas de groupe électrogène. Pas d'éclairage. Les pompiers s'éclairent aux phares de leur camion. Partout dans les champs reposent encore les restes des victimes du vol de Malaysia Airlines.

Oleg, un combattant séparatiste, explique avoir retrouvé 13 corps. "Je ne vois pas comment il pourrait y avoir des survivants, ils étaient en morceaux".

"Comment l'avion est-il tombé, je ne le sais pas, mais nous sommes des combattants pas des terroristes dit-il, à propos des accusations de tirs de missiles.

La zone du drame est située a quelque 25 km de la frontière russe à vol d'oiseau.

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Ban Ki-moon demande une enquête internationale

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a demandé jeudi une "enquête internationale complète et transparente" sur l'avion de ligne malaisien qui s'est écrasé dans l'est de l'Ukraine avec 295 personnes à son bord.

Lors d'une brève déclaration au siège de l'ONU à New York, il a exprimé ses "sincères condoléances aux familles et aux proches des victimes ainsi qu'au peuple de Malaisie".

"Il est clair qu'il faut une enquête internationale complète et transparente", a-t-il affirmé. M. Ban a dit être en contact avec l'Organisation internationale de l'aviation civile pour suivre les développements de cette affaire.

Le Royaume-Uni a demandé une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU à propos de l'avion malaisien et cette réunion devrait avoir lieu vendredi après-midi, selon des diplomates.

Fermeture de l'espace aérien de l'Est de l'Ukraine jusqu'à nouvel ordre

Les autorités ukrainiennes ont fermé toutes les routes aériennes survolant l'est du pays après le crash jeudi d'un avion de la Malaysian Airlines, a annoncé Eurocontrol.

"Tous les plans de vol comportant ces routes sont maintenant rejetés par Eurocontrol", a indiqué dans un communiqué le gestionnaire de l'espace aérien européen, qui précise que "ces routes resteront fermées jusqu'à nouvel ordre".

"Selon nos informations, l'appareil volait au niveau d'altitude 330 (approximativement 10.000 mètres/33.000 pieds) quand il a disparu des radars", explique Eurocontrol.

"Cette route avait été fermée par les autorités ukrainiennes du niveau du sol au niveau 320 mais était restée ouverte au niveau auquel l'avion volait", précise le gestionnaire du trafic aérien, dont le siège est à Bruxelles. La nouvelle interdiction décidée par Kiev porte à présent du "niveau du sol jusqu'à un niveau illimité" dans la zone de Dnipropetrovsk, selon le communiqué.

Des compagnies aériennes européennes et américaines avaient annoncé auparavant qu'elles allaient éviter l'espace aérien ukrainien. Le gouvernement français a demandé aux transporteurs aériens français d'éviter l'espace aérien ukrainien.

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Les rebelles prêts à un bref cessez-le-feu

Les rebelles prorusses qui contrôlent la zone dans l'Est de l'Ukraine où un avion de ligne malaisien s'est écrasé jeudi sont prêts à observer un bref cessez-le-feu pour permettre l'évacuation des corps, a annoncé un de leurs dirigeants.

Le"Premier ministre" de la "République populaire de Donetsk", Alexandre Borodaï, l'a confirmé jeudi soir à un journaliste de l'AFP au village de Grabove, où l'avion malaisien, probablement touché par un missile, s'était abîmé en milieu de l'après-midi. Les rebelles prorusses et les autorités ukrainiennes s'accusent mutuellement d'être responsables du tir ayant causé la chute de l'appareil et la mort de ses 295 occupants.

Reynders dans l'incertitude

En ce qui concerne les circonstances du "drame", le ministre attend également que l'enquête fasse la lumière sur les circonstances. "C'est peut-être un accident, même si beaucoup d'informations vont dans d'autres directions. C'est peut-être dû à une explosion, un attentat ou un tir. S'il s'agit d'un missile, l'enquête devrait rapidement permettre de le déterminer."

Enfin, quant à l'éventualité de demander aux compagnies aériennes d'éviter l'espace aérien ukrainien, M. Reynders a indiqué que cette possibilité était envisagée, mais qu'il s'agissait d'une décision à évaluer au niveau européen.

Les Affaires étrangères ont mis en place un centre de crise qui peut être joint au numéro 02/501.40.00.

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L'avion abattu... mais par qui ?

L'appareil a disparu des écrans des radars vers 16H20 locales (13H20 GMT) alors qu'il volait à 10.000 mètres d'altitude, puis s'est écrasé près du village de Grabove, aux environs de la ville de Chakhtarsk, dans la région de Donetsk, a indiqué l'administration régionale, précisant que le nombre des morts n'était pas encore officiellement établi.

"C'est le troisième cas tragique ces derniers jours, après les avions An-26 et Su-25 des forces armées ukrainiennes abattus depuis le territoire de la Russie", a déclaré M. Porochenko, cité dans un communiqué de la présidence. "Nous n'excluons pas que cet avion (malaisien) ait pu être abattu et nous soulignons que les forces armées ukrainiennes n'ont pas effectué de tirs susceptibles d'atteindre des cibles dans les airs", ajoute-t-il, avant de présenter ses condoléances aux familles des victimes.

Kiev avait accusé directement la Russie d'avoir abattu son avion de transport militaire An-26, lundi, puis son avion de combat Soukhoï Su-25, mercredi, mais Moscou n'a pas réagi à ces déclarations.

Le "Premier ministre" de la "République populaire de Donetsk" autoproclamée, Alexandre Borodaï, a aussitôt affirmé sur la Première chaîne russe que l'appareil avait été abattu par les forces aériennes ukrainiennes et qu'il s'agissait d'une "provocation délibérée". La même accusation a été affichée peu de temps après sur un site officiel des séparatistes.

L'agence Interfax-Ukraine a indiqué, citant une source dans les forces de l'ordre, qu'un groupe de secouristes du ministère des Situations d'urgence se rendait sur place.

Ouverture d'une enquête

La Premier ministre malaisien Najib Razak a annoncé l'ouverture d'une enquête. Le drame est intervenu alors que la compagnie Malaysia Airlines et le gouvernement malaisien continuent d'enquêter sur la disparition d'un autre avion de ligne, le MH370 dont on est sans nouvelles depuis le 8 mars. L'avion avait 239 passagers à son bord et on suppose qu'il s'est abîmé dans l'Océan Indien.

Le président russe Vladimir Poutine a abordé jeudi au cours d'une conversation téléphonique avec son homologue américain Barack Obama le crash de l'avion de Malaysia Airlines, a annoncé le Kremlin dans un communiqué. "Le président russe a informé le président des États-Unis d'un rapport des contrôleurs aériens qui est arrivé juste avant leur conversation téléphonique et qui indique qu'un avion malaisien s'est écrasé en Ukraine", est-il écrit dans le communiqué.

Le Premier ministre néerlandais s'est dit "choqué" par la nouvelle. Le gouvernement français a demandé aux compagnies aériennes d'éviter l'espace aérien ukrainien.

Wall Street est parti dans le rouge jeudi peu avant la mi-séance, après l'annonce du crash, les investisseurs craignant les conséquences sur l'économie mondiale d'une nette escalade des tensions dans cette région en crise.

"C'est franchement une très mauvaise nouvelle, bien plus que les sanctions occidentales annoncées par Washington", mercredi soir, a réagi Grégori Volokhine, de Meeschaert Financial services. sont principalement les vols vers l'Asie qui empruntent l'espace aérien ukrainien.