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Au lendemain du crash de l'Airbus A321-200 de la compagnie russe Metrojet qui a fait 224 morts, et tandis que des experts internationaux étaient attendus en Egypte dimanche, toutes les hypothèses restaient ouvertes, la dislocation en vol s'avérant la plus plausible.

L'avion semble n'avoir pas touché le sol en un seul morceau mais s'être disloqué ou avoir explosé en vol, au vu de la dispersion des débris, selon les spécialistes aéronautiques interrogés par l'AFP.

Les images du site du crash accréditent-elles l'une des causes possibles?

"Au vu de ces photos, l'hypothèse d'un attentat et celle d'un accident restent ouvertes. On ne peut pas conclure", estime Jean-Paul Troadec, ancien directeur du BEA (Bureau d'Enquêtes et d'Analyses pour la sécurité de l'Aviation civile). "C'est l'examen des débris, complété par celui des enregistreurs de vol, qui permettra rapidement d'établir laquelle des hypothèses est la plus plausible, de l'attentat ou de l'accident". Le gouvernement égyptien a annoncé samedi que les boîtes noires avaient été retrouvées.

Qu'est-ce que l'examen des débris doit permettre de déterminer ?

"Il faut laisser les enquêteurs examiner l'épave sur le site. S'il y a attentat, cela pourra se déduire de la dispersion de l'épave, mais aussi et surtout des débris: s'il y a des traces d'explosifs, et si la carcasse de l'avion a été ouverte, cela pourra démontrer l'existence éventuelle d'une bombe", précise M. Troadec. "C'est une hypothèse parmi d'autres, mais on ne peut pas non plus exclure un problème technique."

L'avion semble-t-il avoir piqué vers le sol ?

"Apparemment l'avion n'est pas tombé en piquant vers le sol. Il n'y a pas de petits morceaux, cela laisse supposer qu'il n'est pas tombé en piqué. C'est tout ce qu'on peut dire à ce stade", selon M. Troadec. Les autorités égyptiennes ont étendu dimanche le rayon du cercle des recherches, initialement de 8 km, à 15 km. Selon plusieurs experts, cela indiquerait à priori que l'avion n'aurait pas touché le sol en un morceau mais se serait disloqué ou aurait explosé en vol.

Si l'avion a explosé en vol, quelles peuvent en avoir été les causes ?

 Il peut s'être produit "un éclatement technique: un moteur qui explose, un problème de chargement en soute... Il y a plusieurs cas de figure où se produit un gros problème en vol, et l'avion se désintègre avant d'arriver au sol, sans que ce soit un attentat", estime l'expert aéronautique Robert Galan. Toutefois, rares sont les problèmes techniques pouvant aboutir à une explosion ou une dislocation. Pour M. Troadec, "une explosion en vol de l'avion qui soit liée à une cause interne est quand même très peu probable".

S'il s'agit d'un attentat, quelles sont les cas de figure possibles, et celui d'un missile est-il crédible ?

"L'avion peut avoir explosé en vol, soit en raison d'un kamikaze, soit d'une bombe à bord, soit encore à la suite d'un tir de missile", résume M. Galan. "Si l'avion était en croisière à 9.000 mètres d'altitude, il est infiniment peu probable que l'Etat islamique ait eu les moyens de l'abattre, car il faut des moyens très importants, des moyens d'identification radar et de capture", estime-t-il. "Par contre il est possible, comme ils ont des moyens d'attaque à moyenne portée, que l'avion ait eu des problèmes techniques, soit descendu, et qu'au terme de sa descente, il ait été abattu par l'EI. Mais c'est un peu tarabiscoté", juge M. Galan.

Faut-il donner du crédit à la revendication du groupe jihadiste Etat islamique (EI)?

Les gouvernements égyptien et russe contestent la revendication formulée par la branche égyptienne de l'EI en représailles, selon elle, aux bombardements russes en Syrie. Les insurgés de ce groupe qui se fait appeler Province du Sinaï ont assuré samedi avoir "fait tomber" l'avion russe sans préciser comment. Ils sont très actifs dans le Nord-Sinaï, leur principal bastion, où ils commettent quasi quotidiennement des attaques meurtrières visant l'armée et la police. "La revendication est crédible parce que la branche de l'EI en Egypte n'a jamais menti sur ses actions, comme d'ailleurs le groupe Etat islamique, il en va de leur crédibilité", affirme l'expert du terrorisme Mathieu Guidère. "De plus le compte Twitter et les autres sites sur lesquels la revendication a été publiée n'ont jamais rien publié de faux. Il y aussi la forme, classique, qui colle aux communiqués habituels de l'organisation".