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Les enquêteurs ont commencé ce mardi à analyser le contenu des boîtes noires de l'Airbus russe pour tenter de déterminer si son crash a été provoqué par un accident ou un attentat. En l'absence de toute certitude sur les causes du crash, les autorités attendent beaucoup de cette analyse qui a commencé en début d'après-midi dans les locaux du ministère de l'Aviation civile au Caire.

L'une des boites noires révèle des bruits inhabituels dans le cockpit peu avant le crash, a révélé une source sécuritaire du Caire auprès de l'agence russe Interfax. Selon cette source, les sons "ne sont pas caractéristiques d'un vol normal". Mais elle ajoute qu'avant le crash, les discussions entre les pilotes et les contrôleurs se passent quant à elle normalement.

Parallèlement, les recherches continuent pour retrouver les derniers corps des 224 victimes et d'éventuels indices disséminés sur une large zone dans le désert du Sinaï. Outre les experts russes, une dizaine d'enquêteurs français sont à l'oeuvre, représentant Airbus mais aussi le Bureau Enquête Accidents (BEA), aux côtés d'homologues allemands du Bundesstelle für Flugunfalluntersuchung (BFU), comme le prévoit la procédure internationale pour ces deux pays piliers du consortium européen Airbus.

Les premières conclusions "prématurées"

Metrojet, la compagnie russe exploitant l'appareil qui appartient au transporteur Kogalymavia, a assuré lundi que seul un facteur "extérieur", qu'elle n'a pas précisé, pouvait expliquer le crash. Elle a ainsi rejeté la possibilité d'"une défaillance technique ou une erreur de pilotage" et souligné l'"excellent état" de l'avion.

L'agence fédérale russe chargée du transport aérien, Rosaviatsia, a toutefois qualifié de "prématurées" les premières conclusions de Metrojet. "Il n'y a aucune raison de tirer des conclusions sur les causes de la destruction en vol de l'appareil", a déclaré son directeur Alexandre Neradko, prédisant "beaucoup de travail".

Le président égyptien Sissi a également affirmé que "cela prendra du temps pour clarifier cet incident". "Voyez le vol de la Pan American qui s'est écrasé en Europe (à Lockerbie en 1988), cela a pris des années avant de trouver la vérité, les raisons du crash. Nous ne pouvons pas simplement tirer des conclusions hâtives", a-t-il ajouté sur la BBC.

Un choc extrêmement soudain

23 minutes après avoir décollé samedi à l'aube de la station balnéaire de Charm el-Cheikh, l'Airbus s'est totalement disloqué en vol comme en atteste l'extrême dispersion des débris et des corps au sol, sur plus de 100 km2 selon certains enquêteurs.

Selon des experts interrogés par l'AFP, l'appareil a dû subir un choc extrêmement soudain, quel qu'il soit, au point que le pilote en a instantanément perdu le contrôle.

L'Etat islamique (EI) avait affirmé samedi avoir "fait tomber" l'Airbus A321 en représailles aux bombardements russes en Syrie. Cependant, tout le monde exclut qu'il ait pu être atteint à 10.000 m d'altitude par un missile tiré de l'épaule, du type de ceux dont dispose l'EI dans le Sinaï. Restent donc deux hypothèses: un problème technique qui provoque une explosion et une dislocation immédiate de l'appareil ne laissant pas le temps au pilote de communiquer -cas rarissime selon les experts-, ou une bombe, apportée dans l'appareil par un occupant ou placée à bord par un membre du personnel au sol.

Pour les experts, même un engin explosif de petite taille est suffisant pour ouvrir une brèche dans la carlingue et disloquer ainsi l'appareil en vol en raison de la pressurisation à haute altitude.

Identification des corps

A Saint-Pétersbourg (nord-ouest de la Russie), d'où étaient originaires la majorité des 224 passagers, les familles des victimes ont commencé lundi à identifier les 140 corps arrivés dans l'ancienne capitale impériale. "C'est un travail long et laborieux qui durera aussi longtemps que nécessaire", a déclaré Igor Albine, le vice-gouverneur de l'ancienne capitale impériale.

Un deuxième appareil transportant les restes d'autres victimes de la pire catastrophe aérienne ayant touché la Russie est arrivé dans la matinée.

Pour la première fois depuis la tragédie, le président russe Vladimir Poutine est apparu lundi à la télévision. Il a remercié les habitants de Saint-Pétersbourg pour la dignité de leur réaction face à cette "terrible tragédie" et a insisté sur la nécessité d'attendre d'avoir "un tableau objectif de ce qui s'est passé".