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Rien n’échappe à la vigilance de la National Security Agency (NSA). Pas même les conversations téléphoniques passées sur le portable de la chancelière allemande Angela Merkel, qui auraient été l’objet de l’attention soutenue de l’agence américaine de renseignements. Le président américain Obama a beau avoir démenti l’information, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase d’une indignation européenne jusqu’ici relativement contenue envers l’espionnite aigüe des Etats-Unis. Dont l’ex-informaticien de la NSA, Edward Snowden, avait déjà révélé les opérations d’écoutes menées dans les délégations européennes aux Etats-Unis et dans plusieurs Etats membres.

A son arrivée à Bruxelles, où se tient un Conseil européen ces jeudi et vendredi, Angela Merkel a fait part de son mécontentement. "L’espionnage entre amis, cela ne va pas du tout", a-t-elle grondé. Avant de dénoncer avec le président français Hollande, "le caractère inacceptable" des écoutes américaines. En revanche, le Premier ministre britannique Cameron s’est tenu coi. Il est vrai que Londres étant aussi soupçonné d’espionner ses alliés, le Royaume-Uni n’est pas le mieux placé pour faire la leçon aux Etats-Unis. Ce que ne s’est pas privé de faire le président de la Commission, José Manuel Barroso, par une voie détournée : "Il y avait une partie de l’Allemagne où il y avait une police politique qui espionnait la vie des gens tous les jours, donc nous savons ce que signifie le totalitarisme." Et pan.

Le Belge Elio Di Rupo a réclamé "des mesures européennes", pour éviter que ces faits se reproduisent. Mais son homologue finlandais Jyrki Katainen a exprimé des doutes : "Je ne sais pas ce que nous pouvons faire au niveau de l’UE; si cela est arrivé, aucune législation européenne ne peut l’empêcher". Voilà pour les déclarations d’usage.

De là à ce que les Européens prennent des mesures de rétorsion envers leur allié américain, il y a un pas que les Vingt-huit ne semblent pas prêts à franchir : le projet de conclusions du sommet ne fait aucune référence à la NSA. "Je ne pense pas qu’il y aura un message politique commun des chefs. La sécurité nationale reste une prérogative exclusive des Etats membres", glisse un diplomate européen. "La France et l’Allemagne n’ont pas intérêt à s’étendre sur le sujet. Elles feraient la même chose si elles en avaient les moyens. Et c’est un échec de leurs services de renseignement", ironise un autre diplomate.

Dans son discours aux chefs, le président du Parlement européen, Martin Schulz, a rappelé qu’une majorité des eurodéputés se sont prononcés, mercredi, pour la suspension du programme Swift, qui autorise le transfert de données bancaires vers les Etats-Unis pour lutter contre le financement du terrorisme. Mais selon plusieurs sources, il a peu de chances d’être entendu.

Il est piquant que ce nouveau scandale intervienne au moment où les Européens peinent à redéfinir leur cadre légal de protection des données personnelles, pour l’adapter à l’ère Internet. Afin, entre autres, de garantir que les géants américains Google, Facebook, Amazon et autres ne puissent plus utiliser les données de leurs utilisateurs européens comme bon leur semble. La commission des libertés civiles du Parlement européen a adopté sa position sur ce dossier, en début de semaine. Les Vingt-huit, eux, restent divisés sur la marche à suivre.

Les chefs devaient insister pour qu’un accord législatif soit conclu en mars 2014, avant la fin de la législature européenne. "C’est difficile, parce que c’est une matière qui touche à la justice, un des derniers bastions de la souveraineté nationale", confesse le diplomate. "Mais c’est nécessaire. La meilleure réponse pour restaurer la confiance des citoyens est d’établir des standards de protection très élevés."