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Manfred Weber, le candidat du Parti populaire européen (PPE) à la présidence de la Commission européenne, a été attaqué par plusieurs de ses opposants sur son manque allégué d'ambition climatique, lors d'un grand débat des têtes de listes ("Spitzenkandidaten") mercredi soir au Parlement européen.

Dans de ce débat, le seul de la campagne électorale à rassembler les six principales formations européennes, M. Weber a défendu l'ambition de l'Union de parvenir à la neutralité carbone d'ici 2050, notamment en étendant l'actuel système d'échange de quotas d'émissions CO2.

L'Allemand a toutefois longuement insisté sur les limites d'une trop grande ambition climatique, si celle-ci devait se faire aux dépens de l'emploi ou des plus faibles.

Il a également souligné l'importance de prévoir une période transitoire pour le secteur automobile allemand et dit sa confiance dans les avancées technologiques. "Mon parti essaie de conjuguer ambition et réalité", a-t-il résumé.

Le candidat des Conservateurs et réformistes (CRE), l'eurosceptique tchèque Jan Zahradil, a plaidé pour des "objectifs réalistes" et le respect des engagements, sans ambition supplémentaire.

Les quatre autres candidats ont tous réagi vivement, face à ce qu'ils considèrent comme un manque d'ambition dans le discours de M. Weber.

"Il faut arrêter de verser toutes les subventions qui portent atteinte au climat et les reporter sur les mesures respectueuses de l'environnement", a exhorté la co-candidate des Verts, l'Allemande Ska Keller.

La candidate des libéraux, la commissaire danoise à la Concurrence Margrethe Vestager (ALDE), a embrayé en affirmant qu'il n'était pas nécessaire d'attendre de nouvelles technologies, et que des millions d'emplois pouvaient être créés par la transition (bâtiment, transport, etc).

Pour la gauche radicale (GUE), le Belge Nico Cué a rappelé les manifestations des jeunes pour le climat, jugeant qu'aucune mesure concrète n'était vraiment prise pour y répondre. Il en a appelé à une "grande initiative publique pour sauver le climat", à l'instar de ce que l'Union a pu faire avec les projets Gallileo ou Airbus. A ses yeux, les moyens financiers pourraient être trouvés dans la lutte contre la fraude fiscale.

L'occasion a été saisie par le candidat socialiste, le Néerlandais Frans Timmermans, pour lancer un appel aux écologistes, à la gauche radicale (GUE) et aux libéraux: "Depuis Tsipras jusqu'à Macron, travaillons ensemble pour que le climat soit la priorité de la prochaine Commission", a-t-il lancé. A ses yeux, "ce qui fera le plus mal, c'est de ne rien faire, et là ce sont les plus pauvres qui en seront les principales victimes".

Plus tôt dans la journée, le chef de groupe des socialistes et sociaux-démocrates au Parlement européen, l'Allemand Udo Bullmann, avait tenu un discours similaire.

Sous le feu des interpellations, Manfred Weber a réaffirmé son engagement pour la neutralité carbone en 2050. "Ne créons pas de division sur ce point", a-t-il demandé.

Les six personnalités présentes au débat sont celles parmi lesquelles le Parlement européen souhaite choisir le futur président de la Commission. Mais les Etats membres, réticents face à cette procédure introduite en 2014 et qui leur fait perdre du pouvoir dans la nomination du chef de l'exécutif européen, pourraient avancer d'autres noms. Ceux de la chancelière allemande Angela Merkel ou du Français Michel Barnier, qui s'illustre dans le dossier du Brexit, sont régulièrement cités.


Le Royaume-Uni du Brexit, un "Game of Thrones" sous stéroïdes 

Frans Timmermans, a mis en garde mercredi les électeurs européens contre les dangers du populisme qui a, selon lui, transformé le Royaume-Uni en un "Game of Thrones dopé aux stéroïdes".

Lors d'un débat organisé à Bruxelles entre les six chefs de file des principaux partis européens à une semaine des élections européennes (23 au 26 mai), le premier vice-président de la Commission a admis que sa formation n'avait pas su empêcher certains citoyens de voter pour les partis nationalistes.

"Voyez ce que la division de Brexit a fait au Royaume-Uni. Aujourd'hui, le Royaume-Uni ressemble à un 'Game of Thrones' dopé aux stéroïdes", a lancé le Néerlandais lors de ce débat diffusé en ligne et sur plusieurs chaines européennes.

"Nous avons donc une responsabilité collective d'offrir des propositions à nos concitoyens pour qu'ils reviennent vers le projet européen", a-t-il ajouté.

La Commissaire européenne à la Concurrence, la libérale danoise Margrethe Vestager, qui est comme M. Timmermans candidate à la présidence de la Commission, a reconnu qu'il fallait être plus accessible pour Monsieur tout le monde.

"Si vous voulez changer les choses, vous devez d'abord vous changer vous-même dans la façon dont vous parlez. Nous parlons très souvent comme si nous voulions garder un secret avec toutes les abréviations que nous utilisons", a-t-elle dit, citant l'exemple du RGPD (Règlement général sur la protection des données).

Quant à l'Allemand Manfred Weber, candidat de la droite proeuropéenne (PPE), il a promis que la prochaine Commission serait celle "du nouveau départ", tournant la page de la "Commission de la dernière chance", comme l'avait appelé l'actuel président, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker.