International Démanteler des armes chimiques demande des spécialistes, des installations et surtout du temps. Dans le cas de la Syrie, il faudra des années, estime le capitaine Sven Devroe, l’un des officiers chargés de démantèlement des armes chimiques en Belgique, d’autant plus qu’en parallèle de ces opérations, la guerre pourrait continuer.

"La Convention d’interdiction des armes chimiques a été signée en 1992, active en 1997. Or, les Américains et les Russes n’ont toujours pas terminé de décontaminer leurs propres armes", dit-il.

La Belgique a une expertise dans ce domaine. Chaque année, le service de déminage de l’armée belge neutralise environ 700 obus contenant des armes chimiques dans son usine de démantèlement de Poelkapelle (Flandre orientale). Ces obus viennent de la région d’Ypres où les Allemands déversèrent durant la Première Guerre mondiale des milliers d’obus avec du gaz moutarde, des produits chlorés, du phosgène ou du clark, un agent irritant non filtré par les masques à gaz.

Les étapes à Poelkapelle

La neutralisation d’un obus se fait en plusieurs phases. La première étape consiste à détecter par des rayons X la partie qui contient le liquide toxique et celle qui abrite l’explosif. " Ensuite , explique le capitaine Devroe, on fore un trou dans la munition pour y prendre un échantillon qui est analysé sur place. Il faut par après fraiser la cloison entre le liquide et l’explosif pour séparer les deux. On vide l’obus de son agent toxique, qu’on incinère. Enfin, on fait exploser l’explosif dans une chambre fermée pour éviter la contamination secondaire."

L’ensemble de l’opération peut durer une demi-journée pour un obus de quinze centimètres de diamètre.

L’expertise belge concerne les obus rouillés de la Première Guerre mondiale que la terre d’Ypres remonte à la surface chaque année. Pour les neurotoxiques, comme le sarin qui aurait été utilisé dans l’attaque du 21 août à Damas, ce sont surtout les Russes et les Américains qui savent comment s’en débarrasser.

Deux options pour les neurotoxiques

Pour les neutraliser, il y a deux options. La première est de démonter le projectile, puis d’incinérer le produit toxique. La seconde consiste à le neutraliser avec un autre agent.

Dans tous les cas, de telles opérations demandent de grandes précautions car les spécialistes doivent porter des tenues respiratoires et ne peuvent pas prendre le risque d’être exposés au produit trop longtemps. "A long terme, l’ypérite est cancérigène", souligne le capitaine belge.

Vers un accord plus large

Le stock des armes chimiques syriennes est au cœur des négociations russo-américaines qui ont débuté jeudi à Genève. Mais le secrétaire d’Etat américain John Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov espèrent qu’une avancée sur ce point permettra de déboucher sur un accord plus large, une conférence de paix.

Il faudra convaincre l’opposition syrienne qui voit dans la médiation russe un piège pour réhabiliter le régime de Bachar al-Assad. "Les promesses faites par le régime syrien (pour mettre sous un contrôle international ses armes chimiques) ne sont que de nouvelles tentatives pour tromper la communauté internationale et l’empêcher de le punir pour ses crimes", a déclaré la Coalition nationale de l’opposition syrienne.

Vendredi, le "Wall Street Journal" a indiqué que l’armée syrienne (et spécialement l’unité 450) continuait à disperser les stocks d’armes chimiques dans le pays. Si cela est vrai, cela rendra leur démantèlement encore plus compliqué.

Les experts estiment qu’il faudra d’abord les regrouper dans certains lieux pour les décontaminer. Ensuite, il faudra déployer en Syrie les inspecteurs de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC, La Haye), probablement sous protection militaire internationale.

La destruction d’agents chimiques "est une entreprise dangereuse qui nécessite la construction, à proximité des sites de stockage, d’infrastructures industrielles particulièrement complexes et coûteuses qu’il faudrait au préalable édifier en Syrie", avertit l’expert français Olivier Lepick dans une tribune au "Monde". Cela suppose au moins un cessez-le-feu en Syrie, l’accord de l’opposition armée et du gouvernement de Damas, et du temps. C’est à tout cela que tentent de répondre Russes et Américains, pour terminer une guerre qui a déjà fait 110 000 morts.