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Après avoir remis en selle Mouammar Kadhafi au début des années 2000, vendu des armes et signé de plantureux contrats pétroliers, les Européens ont bien du mal à constater l’évidence : le régime de Kadhafi, basé sur la terreur, est fini et le Conseil national de transition (CNT) libyen, établi à Benghazi, est pour le moment la seule alternative politique aux forces mercenaires de l’ex-"Guide de la révolution". La France, sous l’impulsion de M. Sarkozy, est le premier pays à reconnaître les insurgés de Benghazi. Ailleurs, on tergiverse. On s’interroge sur ces Libyens qui ont pris les armes - des médecins et avocats pour les uns, des pistoleros pour les autres, des séparatistes pour certains. On soupèse les capacités militaires des uns et des autres.

Tout changement de régime entraîne des inconnues. Pourtant, il faut laisser les peuples choisir leurs dirigeants et juger ceux-ci sur leurs actes. Le pari de Nicolas Sarkozy est risqué, mais la solution consistant à laisser le colonel Kadhafi reprendre le contrôle du tiers du pays qui a fait sécession est bien pire.

La prudence s’impose cependant sur un engagement de forces européennes en Libye, même dans le cadre limité d’une zone d’exclusion aérienne. La Belgique et les Européens ne devraient s’engager dans cette opération que si les pays arabes et africains le demandent clairement et s’engagent à soutenir, y compris financièrement pour ceux qui le peuvent, cette opération. Sinon l’Otan, ou la coalition, se retrouvera comme en Afghanistan, prise au piège d’un déploiement long, coûteux en hommes et en argent, et sans retombées économiques.