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L'Afrique a commencé à se ranger dimanche derrière Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, après sa proclamation par la Cour consitutionnelle comme président de la République démocratique du Congo (RDC), malgré les virulentes contestations du perdant Martin Fayulu Madidi, dont les appels à manifester sont pour l'instant restés sans écho. L'opposant Félix Tshisekedi, 55 ans, devrait prêter serment mardi comme prévu, d'après son entourage. Il a devancé avec 38,5% l'autre opposant Martin Fayulu (34,8%) et le candidat du pouvoir Emmanuel Ramazani Shadary (23%), selon les résultats de la Commission électorale nationale indépendante (Céni, validés tels quels par la Cour constitutionnelle.

M. Tshisekedi va prendre la succession du président sortant Joseph Kabila, au pouvoir depuis 18 ans et l'assassinat de son père Laurent-Désiré, le 16 janvier 2001. Il s'agit de la première transmission pacifique du pouvoir d'un président à l'autre, et a fortiori de la première alternance.

M. Fayulu conteste ce scénario officiel. Il revendique la victoire avec 61% des voix, et s'estime victime d'un "putsch" électoral orchestré par M. Kabila, qui garde la majorité à l'Assemblée nationale, avec la "complicité" de Félix Tshisekedi.

L'opposant se proclame le "seul président légitime" et a appelé la communauté internationale à ne pas reconnaître M. Tshisekedi.

Raté: des pays africains ont félicité M. Tshisekedi, dont l'Afrique du Sud et le Kenya, ainsi que la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) dont fait partie la RDC.

Il s'agit aussi d'un désaveu pour les deux principales figures de l'Union africaine (UA), qui avaient demandé en vain jeudi la "suspension" des résultats électoraux entachés à leurs yeux de "sérieux doutes".

Le président en exercice de l'UA, le Rwandais Paul Kagame, et le président de la Commission de l'UA, Moussa Faki Mahamat, voulaient se rendre en délégation ce lundi à Kinshasa. Leur déplacement a été repoussé, a indiqué l'UA qui refuse de parler d'annulation.

L'Union européenne a elle estimé que "des doutes subsistent sur la conformité du résultat" du scrutin du 30 décembre.

Le chef de la diplomatie belge Didier Reynders a affirmé dimanche avoir "pris connaissance" des décisions de la Cour constitutionnelle congolaise, ajoutant que la question serait abordée dès lundi par les ministres européens des Affaires étrangères et enusite par le Conseil de sécurité de l'ONU.

M. Fayulu a aussi appelé les Congolais à organiser des "manifestations pacifiques" sitôt après le rejet dans la nuit par la Cour constitutionnelle de son recours contestant la victoire de M. Tshisekedi.

Mais le dimanche a été parfaitement ordinaire à Kinshasa. Les habitants se sont rendus à leurs lieux habituels de culte et la circulation était fluide sur les grandes artères, a constaté un journaliste de l'AFP.

Seul le siège de l'Union pour la Démocratie et le pProgrès social (UDPS), le parti historique d'opposition du président élu M. Tshisekedi, était un peu animé.

Le calme régnait aussi à Béni et Butembo (est), où l'élection présidentielle a été annulée en raison de l'épidémie d'Ebola et de massacres de civils, ainsi qu'à Goma plus au sud, selon un correspondant de l'AFP.

Aucun incident n'a été signalé, pas même à Kikwit (ouest), l'un des fiefs de M. Fayulu, où un important déploiement policier avait été observé samedi soir.

Dans ses premières réactions, le président élu Tshisekedi a cherché l'apaisement.

"Ce n'est pas la victoire d'un camp contre un autre", a-t-il déclaré dans la nuit devant ses supporteurs dans un hôtel.

"Demain, le Congo que nous allons former ne sera pas un Congo de la division, de la haine et du tribalisme. Ce sera un Congo réconcilié, un Congo fort, un Congo tourné vers le développement, son développement, dans la paix et la sécurité pour tous", a-t-il ajouté.

M. Tshisekedi est le fils d'Etienne Tshisekedi, l'opposant historique qui avait contesté la réélection de M. Kabila en 2011.

"C'est l'aboutissement du combat du père fondateur, mais c'est aussi le commencement d'un autre combat dans lequel je veux engager le peuple congolais", a-t-il ajouté. "Le combat pour un mieux-être. (...) Au travail".

A part son noyau dur de sympathisants, aucune expression massive de liesse n'a encore eu lieu, contrairement au passé, y compris lors des victoires en 2006 et 2011 de l'actuel président Joseph Kabila.

M. Tshisekedi devra cohabiter avec un Premier ministre issu de l'actuelle majorité pro-Kabila, qui a obtenu une vaste majorité (337 sièges sur 500) à l'Assemblée nationale d'après la Commission électorale.

"Le gouvernement va démissionner et l'Assemblée nationale fera sa rentrée. Le nouveau président de la République doit nommer un informateur pour identifier la majorité", a détaillé l'actuel porte-parole du gouvernement Lambert Mende cité par le site actualité.cd.

Le rejet par la Cour constitutionnelle du recours de M. Fayulu contestant les résultats de la Céni et réclamant un recomptage des voix, est sans surprise, car elle est largement considérée comme acquise au président Kabila.

Des estimations de l'influente Église catholique et celles du Groupe des experts sur le Congo (GEC) de l'université de New York, à partir de documents qui auraient fuité de la Céni, donnaient elles la victoire à M. Fayulu avec 60% des voix.