International On l'attendait au tournant, le nouveau ministre de l'Economie. Propre sur lui et jeune génie de la finance, Emmanuel Macron rassemblait pour le moment tous les suffrages. Jusqu'à cette phrase tenue ce mercredi matin sur Europe 1 (voir la 1re vidéo ci-dessous). Alors qu'il explique que "la France est malade", le ministre prend un cas particulier, celui de la société Gad, un abattoir situé dans le Finistère.

"Dans les sociétés qui me sont données, sur les dossiers que j’ai, il y a la société Gad. Vous savez? Cet abattoir", entame-t-il. "Il y a dans cette société une majorité de femmes. Il y en a qui sont pour beaucoup illettrées. Pour beaucoup on leur explique: ’Vous n’avez plus d’avenir à Gad ou aux alentours. Allez travailler à 50 ou 60 km.’ Ces gens-là n’ont pas le permis de conduire. On va leur dire quoi? Il faut payer 1500 euros, il faut attendre un an? Voilà, ça ce sont des réformes du quotidien. Ça ce sont des réformes qui créent de l'activité, de la mobilité."

"Illettrées", le mot est lâché par celui qui faisait jusqu'ici un parcours sans faute, insistant dès sa première sortie début septembre qu'il ne serait "pas le ministre des commentaires". Mais voilà, le raz-de-marée approchant, il a bien fallu s'excuser. D'autant que, comme souvent dans pareil cas, l'opposition appelait à sa démission séance tenante.

Pourtant, les propos d'Emmanuel Macron ne sont pas sans fondement. Selon Europe 1, le taux d'illettrisme chez les salariés des abattoirs Gad tournerait autour des 20% (contre 9,5% au niveau national). "L ’illettrisme est plus important dans les zones rurales et augmente avec l’âge", peut-on lire sur le site internet d'Europe 1. "Or la moyenne d’âge des employés de Gad est de 42 ans,  avec un parcours scolaire souvent raccourci." 

En février dernier, Michel Sapin, alors ministre du Travail, avait employé le même terme qu'Emmanuel Macron lors d'un débat au Sénat.

© Capture d'écran senat.fr
"Une injustice exemplaire"

Contacté par le journal le Télégramme, Emmanuel Macron a bien vite déploré un "mot malheureux" et "extrêmement blessant". Le ministre a ensuite insisté lors des traditionnelles questions au Gouvernement face à l'Assemblée nationale (voir la 2e vidéo ci-dessous). "[Je regrette] les propos que j'ai tenus ce matin, si j'ai blessé et parce que j'ai blessé des salariés, et c'est inacceptable, et ce n'est pas ce que je voulais faire. Je prenais cet exemple précisément parce qu'il est une injustice exemplaire, parce que précisément cet exemple de Gad pour lequel plusieurs députés ici se sont battus, [...] c'est que ces salariés n'ont pas eu la formation et la formation continue qu'elles étaient en droit d'attendre."

Un ministre qui va de cette façon à Canossa - à plusieurs reprises s'il-vous-plaît - "c'est rare", "c'est classe", lisait-on ici et là sur les réseaux sociaux dans l'après-midi de mercredi.