International

Peu habitués à battre le pavé avec des pancartes, des centaines de patrons français sont descendus dans la rue lundi pour dénoncer une politique qui a "bridé" l'économie, selon eux.

Sifflets, pétards et mégaphones: les quelques centaines de patrons qui ont défilé à Paris en direction du ministère de l'Economie étaient pourvus d'un attirail de manifestants aguerris pour leur premier cortège dans la capitale depuis quinze ans.

Selon la CGME, l'une des trois grandes organisations patronales, 6.000 chefs d'entreprise ont manifesté à Paris et 4.000 à Toulouse (sud-ouest). Une source policière a évalué les manifestants dans la capitale à un millier.

"PME cadenassées, libérez nos entreprises !", mais aussi "On ne s'est pas fait comprendre, on va se faire entendre", scandaient les hauts-parleurs, alors que le cortège était symboliquement ouvert par un char surmonté d'une grille, les trois grandes confédérations patronales (CGPME, Medef et UPA) ayant appelé à une semaine de mobilisation pour "décadenasser" l'économie française.

Dans un communiqué commun mi-novembre, elles dénonçaient "une politique qui a progressivement étouffé les entreprises de toutes tailles par une accumulation de charges, de contraintes, de taxes et de sanctions".

"Il y a une exaspération des chefs d'entreprise et une souffrance face à une situation économique très difficile", a affirmé Jean-Eudes du Mesnil, secrétaire général du CPGME (Confédération des petites et moyennes entreprises).

Selon lui, les patrons protestent notamment contre trois mesures imposées par le gouvernement: "le compte pénibilité, l'interdiction d'embaucher quelqu'un moins de 24 heures par semaine et l'obligation d'informer les salariés en cas de cession d'entreprise".

Le compte pénibilité, qui doit entrer en vigueur au 1er janvier 2015, est une mesure phare de la réforme des retraites honnie par le patronat. Il permettra notamment aux salariés dont l'emploi est jugé pénible - comme le travail de nuit - de travailler à temps partiel ou de partir plus tôt à la retraite.

La mesure doit concerner un million de Français en 2015, puis trois millions en 2016, selon le gouvernement.

Les manifestations des patrons interviennent après la contestation inédite au cours des derniers mois en France des cols blancs, notaires, huissiers, pharmaciens ou médecins qui se sont mobilisés pour défendre leurs monopoles respectifs face à un projet du gouvernement socialiste de réforme des professions libérales.

Un rapport économique, commandé par la France et l'Allemagne et présenté la semaine dernière à Paris, a appelé la France à des réformes "urgentes et précises". Il a notamment préconisé que la France donne aux entreprises la possibilité d'aménager plus facilement le temps de travail, et appelé à encourager l'embauche à durée indéterminée en rendant les coûts et délais des licenciements "plus prévisibles".