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Après avoir reçu une vidéo sur laquelle l'on pouvait voir des hommes être vendus aux enchères en Libye, CNN a décidé de se lancer dans une grande enquête pour vérifier l'authenticité de ces images. Et, malheureusement, celle-ci est avérée. En Libye, il existe des endroits où des hommes sont vendus aux plus offrants afin de devenir leur esclave.

"Ce sont des hommes vigoureux, parfaits pour du travail à la ferme" , explique le "vendeur" qui fait de suite monter les enchères. "400, 700, 800, 1200" . L'un des hommes, un Nigérian, sera finalement vendu pour 1200 dinars libyens, soit 875€, le prix d'une vie humaine dans ce marché édifiant. Les équipes de CNN ont assisté en personne à une enchère où 12 hommes ont été vendus en l'espace de 6 ou 7 minutes. "Sincèrement, je ne sais pas quoi dire. C'est la chose la plus édifiante que j'ai vue dans ma vie", confie la journaliste. 

Dans le centre de détention pour migrants de Treeq Alsika, les journalistes rencontrent un homme qui a été vendu. Victory, un ancien esclave raconte : "Si vous regardez le corps des personnes ici, vous verrez les marques. Ils ont été frappés, mutilés, violés". "Ils prennent des gens pour les faire travailler de force. Quand vous travaillez, ils vous frappent, ils vous donnent des coups de pieds" , confirme une foule de personnes. 

Qui sont les "vendeurs"?

Chaque année, des dizaines de milliers de personnes issues de plusieurs pays différents affluent en Libye pour tenter de rejoindre l'Europe par bateau. Mais depuis que la Libye empêche des bateaux de passer, beaucoup de migrants se retrouvent "coincés" dans ce pays en attendant de faire le voyage.Pendant ce temps, d'autres migrants souhaitent payer des passeurs pour pouvoir eux aussi rejoindre l'Europe. Les passeurs se sont alors transformés en maîtres et les migrants en esclaves, explique CNN. 

Des passeurs ont expliqué à Victory que, s'il était vendu, la somme récoltée servirait à payer son trajet. Mais après plusieurs semaines, les passeurs lui ont dit que ce n'était toujours pas assez. Il a donc été revendu plusieurs fois. Les passeurs ont même demandé une rançon à la famille de Victory pour le relâcher. "Ma mère s'est rendue dans plusieurs villages pour emprunter de l'argent et me sauver la vie", soupire Victory qui attend aujourd'hui de retourner au Nigeria. 

Les autorités prévenues

Les équipes de CNN ont décidé de partager leur vidéo accablante avec les autorités libyennes afin qu'elles agissent pour empêcher ces ventes aux enchères. Naser Hazam, lieutenant de l'agence anti-immigration clandestine confie n'avoir jamais assisté à ces ventes aux enchères mais il souligne "être au courant que des réseaux de contrebande se sont créés dans le pays". "Les passeurs remplissent des bateaux de 100 personnes, ils se fichent complètement de savoir si les migrants arrivent en vie du moment qu'ils ont leur argent."

Mohammed Abdiker, directeur des opérations à l'Organisation internationale pour les migrations, confirme que "la situation est désastreuse". "Les marchés d'esclaves s'ajoutent à une longue liste de rapports horrifiants". 

A tel point que beaucoup de réfugiés choisissent de retourner chez eux. "Je retourne à la case départ. C'est douloureux, très douloureux", conclut Victory.