International Reportage de nos envoyés spéciaux à Dirik, en Syrie :  Christophe Lamfalussy (texte et vidéos) et Olivier Papegnies (photos).

Les Kurdes n’ont plus le monopole des femmes soldats. Depuis deux mois, une milice chrétienne féminine s’est insérée dans la coalition à majorité kurde qui se bat dans le nord-est de la Syrie contre l’Etat islamique.

"J’étais une femme au foyer, avec cinq enfants et la trouille des armes", raconte Simel Benyamin, 37 ans, en treillis militaire, la kalachnikov en main, une vieille paire de godasses noires aux pieds. La guerre qui se prolonge depuis presque cinq ans et la brutalité de Daech l’ont convaincue qu’il fallait prendre les armes.

Cette mère de famille fait partie d’une unité mise sur pied par la communauté syriaque, appelée les Forces féminines de défense de Bet Nahin (HSMB), une référence au territoire historiquement convoité entre les deux fleuves, le Tigre et l’Euphrate.

© Olivier Papegnies
L’unité compte entre 200 et 300 miliciennes. Elles s’entraînent par des formations de dix jours aux tirs d’armes légères et lourdes et participe déjà aux combats.

Simel Benyamin s’est battue avec son fils de 23 ans dans la bataille de al-Hol, capturée à la mi-novembre par les Kurdes syriens. "Le courage nous a aidés, dit-elle. Nous savions que nous allions gagner. Daech a tenté une percée par les côtés, mais nous les avons repoussés. J’ai croisé mon fils lors de la bataille mais nous ne nous sommes pas parlé."

Près d’un moulin abandonné

La bataille d’al-Hol est la première à laquelle ont participé les femmes syriaques. L’unité a ainsi rejoint les Unités de protection de la femme kurde (YPJ) qui combattent avec les Forces démocratiques syriennes, la nouvelle coalition soutenue par Washington.


Les combattantes chrétiennes s’entraînent à côté d’un moulin abandonné et entouré de champs où souffle un vent froid en ce mois de décembre.

Aujourd’hui, c’est Lucia Darwish, 20 ans, qui dirige l’exercice. Elle se destinait à une carrière sportive. La guerre a interrompu ses rêves d’adolescente. "Je voulais quitter la Syrie", dit cette aînée d’une famille de quatre enfants, "puis je me suis dit pourquoi partir alors que ma famille est en danger ? Mon père m’avait appris à tirer à la kalachnikov dès l’âge de 14-15 ans. Et puis mon cousin a été tué par Daech il y a neuf mois à Hassakeh, et découpé en morceaux…"

Sur le front, les hommes et les femmes se côtoient au combat.

"Nous irons à Raqqa et au-delà"

Plus au sud, la nuit tombante, nous rencontrons des peshmergas kurdes, cantonnées à quinze kilomètres du front dans une maison sans WC, ni chauffage au sud d’Hassakeh. L’eau pour le thé bout dans le coin d’une pièce. Les miliciennes kurdes exécutent la danse traditionelle pour les visiteurs étrangers. Elles n’ont pas plus de 25 ans. Elles s’assoient en carré face à nous.


Nisrin, 22 ans, explique que la force des femmes réside dans leur mental plus que dans leurs capacités physiques. "Nous irons à Raqqa (NdlR, le siège de Daech en Syrie) et même au-delà", lance-t-elle. "Mais dites aux Belges que nous sommes seuls. Vous ne nous aidez pas assez ! L’enrôlement n’est pas obligatoire pour nous, mais nous nous battons par devoir." Le message, bien rodé, est entendu dans tout le Kurdistan syrien et irakien.