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A Kiev, le procureur anticorruption Dmytro Sus se rend au travail tous les jours dans une Audi Q7 rutilante. Une voiture de luxe, estimée au minimum à 30 000 euros sur le marché ukrainien. Alors évidemment, quand le procureur déclare sur Facebook, dans un échange avec un internaute, gagner 300 000 hryvnias par an (environ 10 600 euros), cela pose question. En fait, "tout s’explique", ironise la journaliste Alissa Iourchenko. "La voiture appartient à Maria Iourchik, une habitante de Khmelnitsky (à quelque 400 kilomètres de Kiev), de la famille de Dmytro Sus. Née en 1930, elle a aujourd’hui 85 ans…"

Ces cas de fonctionnaires, magistrats et politiciens ukrainiens vivant clairement au-dessus de leurs moyens, Alissa Iourchenko et l’équipe de journalistes de "Nashi Groshi" (Notre argent) en font leurs choux gras. Même s’il est impossible de tous les recenser. En Ukraine, l’un des pays les plus pauvres d’Europe en termes de revenus par habitant, les ballets de voitures de luxe garées devant la Verkhovna Rada (Parlement), les ministères, les tribunaux et autres bâtiments officiels sont une scène de la vie quotidienne.

L’anecdote est encore célèbre de l’ancien ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, se faisant railler par ses homologues ukrainiens en 2013. Il arborait alors au poignet une montre "Bulova", estimée à "seulement" 165 dollars… Une misère pour les officiels à Kiev, malgré leurs salaires officiellement inférieurs aux niveaux polonais. De quoi alimenter les rumeurs, accusations et enquêtes sur la corruption d’Etat en Ukraine.

Une transparence "qui ne sert à rien"

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