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Le président turc Recep Tayyip Erdogan a sommé dimanche l'Allemagne de ne "pas se mêler des affaires intérieures" de son pays, alors que les relations entre ces deux partenaires au sein de l'Otan se sont encore envenimées cette semaine.

"Personne n'a le droit de se mêler des affaires intérieures de la Turquie", a déclaré M. Erdogan lors d'une conférence de presse à Istanbul, répondant à une question sur les récentes critiques allemandes sur la situation des droits de l'Homme en Turquie.

Berlin, excédé par l'interpellation à Istanbul de défenseurs des droits de l'homme, dont un Allemand, a annoncé jeudi une "réorientation" de sa politique vis-à-vis de la Turquie, avec des mesures qui risquent de pénaliser économiquement son partenaire historique.

"Nous ne pouvons pas accepter ce qui se passe en Turquie", a tonné le président allemand Frank-Walter Steinmeier lors d'un entretien à la chaîne publique ZDF diffusé dimanche, selon des extraits de l'interview.

Les rapports entre Ankara et Berlin se sont dégradés ces derniers mois, mais la brouille entre les deux pays a pris une tournure d'une rare gravité après que l'Allemagne a décidé de jouer la carte de l'économie pour mettre la pression sur la Turquie.

Les mesures envisagées à Berlin incluent notamment un réexamen des garanties, prêts ou aides qu'apportent le gouvernement allemand ou l'Union européenne (UE) aux exportations ou aux investissements dans le pays.

Cette perspective semble avoir inquiété les dirigeants turcs, qui se relaient depuis plusieurs jours pour tenter de rassurer les investisseurs allemands, en démentant notamment des informations de presse faisant état d'une liste de 68 groupes allemands ou cadres dirigeants d'entreprises accusés de soutien au "terrorisme" par Ankara.

"Il n'y a ni enquête, ni examen visant les entreprises allemandes qui sont présentes en Turquie. Ce sont des informations mensongères, erronées, des affabulations. Il n'y a rien de tel", a encore assuré dimanche M. Erdogan.

De son côté, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a estimé que M. Erdogan "mettait en péril le partenariat vieux de plusieurs siècles entre la Turquie et l'Allemagne", selon des extraits d'un entretien au quotidien allemand Bild à paraître lundi.

La diaspora turque d'Allemagne est la plus importante au monde avec environ trois millions de personnes.

"C'est vraiment dramatique (...) il y a en fait tellement de choses qui nous rapprochent. Mais nous ne cèderons pas au chantage", martèle le ministre selon ces extraits.

Ce climat d'incertitude entre les deux pays pourrait faire perdre environ deux milliards d'euros de commerce bilatéral, rapporte le quotidien allemand Die Welt dans son édition dominicale, citant une estimation de la Chambre allemande de commerce et d'industrie (DIHK).

Ce durcissement de la politique de Berlin à l'égard d'Ankara intervient en réaction à la mise en détention d'un défenseur allemand des droits de l'homme avec cinq autres militants, dont la directrice d'Amnesty International en Turquie. Ils avaient été arrêtés le 5 juillet alors qu'ils participaient à un séminaire à Istanbul.

Au total, neuf Allemands, dont quatre ayant également la nationalité turque, sont actuellement détenus en Turquie. Parmi eux figure notamment le journaliste Deniz Yücel, correspondant du journal Die Welt en Turquie.