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"Nous pourrions jouer aux dominos”, “je m’inscrirai sur LinkedIn pour chercher un emploi”, “je vais dormir pendant deux semaines, ensuite je partirai en vacances avec Michelle”. Le président américain n’a cessé de blaguer devant les médias, impatients de savoir ce qu’il fera après avoir quitté le Bureau ovale. Pourtant, loin de lui l’idée de se retirer dans une somptueuse propriété à Palm Springs ou Honolulu – à l’image de George Washington ou Thomas Jefferson qui ont rejoint leurs plantations après la fin de leur présidence – ni même de finir calmement les derniers mois de son mandat.

Au lendemain du 8 novembre, la mission principale qui incombe à Barack Obama “est de faciliter la transition vers son successeur et, surtout, d’appeler à l’unité nationale”, explique Robert Shapiro, politologue à l’université Columbia de New York. “Face à l’ambiance conflictuelle qui a régné dans le pays pendant toute la campagne, le président, Hillary Clinton, mais aussi Donald Trump sont ceux qui devront soigner et réconcilier l’Amérique.”

Préserver l’héritage Obama

Mais, comme tout chef d’Etat, il prendra également le soin de préserver son héritage. Face à la victoire du Républicain Donald Trump, Barack Obama risque de devoir faire des pieds et des mains pour tenter de sauvegarder les acquis de sa présidence. “On peut s’attendre à une rafale d’activités, de règles, d’ordres exécutifs. Et ce ne serait pas une réaction spécifique à Barack Obama. C’est ce qu’il se passe lorsque le président d’un parti sait qu’il sera remplacé par un président de l’opposition et qu’il n’a donc que quelques mois pour essayer d’influencer les prochaines politiques”, explique William Howell, professeur de sciences politiques à l’université de Chicago.

Quid du lendemain du 20 janvier 2017 ? Selon M. Shapiro, “dans la tradition, une fois que le président quitte la Maison-Blanche, il ne s’investit plus en politique, mais reste disponible pour donner des conseils aux membres de son parti ou au nouveau chef d’Etat”. Néanmoins, “Barack Obama ne disparaîtra pas du paysage de sitôt”, prédit M. Howell. “Jimmy Carter est resté très actif dans le domaine de la politique étrangère ou encore à travers le Carter Center à Atlanta (une institution chargée de promouvoir son agenda politique, NdlR). Un autre modèle est celui de George W. Bush qui n’a pas fait grand-chose une fois qu’il a quitté la Maison-Blanche. Je pense qu’Obama ressemblera plus à Carter qu’à Bush.”

Soutenir des causes

Le natif d’Hawaï a d’ores et déjà annoncé que la ville de Chicago, où il a savouré sa première victoire en 2008, accueillera sa bibliothèque présidentielle. D’ailleurs, au vu de son goût pour l’écriture, un exercice d’autobiographie n’est pas à exclure, ce qui pourrait lui apporter près de 30 millions de dollars, selon le “New York Times”. Et le premier président noir des Etats-Unis n’est pas près d’abandonner les causes qui lui sont chères. Ainsi, Barack Obama a-t-il exprimé son souhait “d’aider les gens, aider les jeunes à accéder à l’éducation, aider les gens à trouver un emploi, aider à l’implantation des entreprises dans les quartiers”.

Sa femme continuera, quant à elle, à s’impliquer dans la lutte contre l’obésité, lancée en 2010 avec la campagne “Let’s Move”, affiliée à un organisme non lucratif autonome de la Maison-Blanche. Michelle Obama a également indiqué qu’elle n’abandonnera pas le projet “Let Girls Learn”, mis sur pieds avec son mari, pour stimuler l’éducation des filles à travers le monde. “En tant que Première dame, mère et être humain, je ne peux pas tourner le dos à ces filles et je compte prêter ma voix pour elles pour le reste de ma vie”, a récemment déclaré celle qui, à 53 ans, sera la plus jeune des First Lady à quitter Pennsylvania avenue.

Michelle, l’anti-Hillary

A peine le couple Obama a-t-il commencé à faire ses valises, que d’aucuns spéculent déjà sur son retour à la Maison-Blanche, grâce à une candidature de la future ex-Première dame à une prochaine présidentielle. Perçue comme “l’anti-Clinton”, éloignée des manœuvres politiques, chaleureuse, authentique, sincère, jeune et moderne, elle incarne ce que beaucoup espéraient trouver dans la première femme à prendre place dans le Bureau ovale. Mais, même si “aujourd’hui elle est bien plus appréciée par les Américains que Clinton ou Trump, Michelle Obama n’a montré aucune ambition politique. Elle ne veut pas se présenter aux élections pour le Sénat, comme Hillary l’a fait lorsque son mari a terminé son mandat”, précise M. Howell.

Son mari ayant épuisé ses deux mandats autorisés par la Constitution, les Etats-Unis ont donc bel et bien tourné la page des Obama ce mardi. “Mais, comme on dit chez nous ‘never say never’”, ajoute Robert Shapiro.