«Et maintenant, que va-t-il se passer?»

PAR DAVID MARCELIS Publié le - Mis à jour le

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AMBIANCE

À CHICAGO

Chicago, 9 h 45, heure locale. Derrière les épaisses fenêtres du métro aérien, la ville paraît paisible, à première vue. Elle l'est par contre nettement moins une fois que les portes du wagon s'ouvrent. Le bruit incessant des sirènes de police masque quasiment le brouhaha de l'immense foule agglutinée sur des quais déjà trop petits. Les gens sont contraints de s'asseoir sur les escaliers qui mènent vers la sortie, et le minuscule interstice qui reste entre les voyageurs sert de passage à d'autres qui tentent également de rallier le quai.

Beaucoup sont jeunes. «A l'école, on nous a dit que tous ceux qui rentraient chez eux par moyens de transport devaient partir au plus vite, car tous les trains seront peut-être suspendus cet après-midi», explique un écolier.À l'extérieur de Clark/Lake, l'une des plus grosses stations du centre ville, le spectacle est effrayant: les avenues sont peuplées de piétons entre lesquels se faufilent des voitures de police. La panique règne. «Il paraît que le Pentagone est également touché», dit une dame. «Il y a aussi eu des attentats à Pittsburgh. Je ne sais plus, je ne sais plus rien en fait».

C'est une impression générale, même si les spéculations vont bon train. «New York n'est pas un événement isolé, d'autres grandes villes vont sans doute être touchées», s'inquiète un homme. Parmi lesquelles Chicago, la troisième ville du pays: ça ne fait aucun doute pour la plupart des citadins qui ont du mal à retenir leurs larmes. Le nombre de voitures de police dans les rues augmente constamment, comme la peur qui se lit désormais sur tous les visages. «Tout le Sears Tower (le plus haut gratte-ciel de la ville, NdlR) a déjà été vidé, et ils veulent évacuer tout le centre ville («loop»)», s'écrie un homme. «Il faut s'éloigner, coûte que coûte».

Les nombreuses agences de location de voiture sont prises d'assaut, donnant lieu à des queues de plusieurs dizaines de mètres à l'extérieur des bâtiments. La voiture semble en effet le moyen de transport le plus sûr pour quitter la ville.

Le long du trottoir, des ouvriers écoutent la radio dans leur camionnette. Le silence s'installe. Tous les vols sont suspendus, mais l'ensemble des transports de la ville reste en fonction pour l'instant. Ouf! L'ambiance se fait moins pesante. Même les sirènes de police semblent avoir mis une sourdine. Les guichets approchent. La foule reste calme, on ne note aucune bousculade et personne n'essaie de passer sans payer.À l'aide d'un parlophone, un membre du personnel indique aux voyageurs que des trains supplémentaires sont mis en service. La plupart des gens discutent pour calmer leur peur et leur impatience. «Vous croyez qu'il va y avoir une guerre? Est-ce que d'autres villes ont été touchées? Les attentats ont-ils été revendiqués?» Les questions sont nombreuses; les réponses, inexistantes. Même les téléphones publics qui bordent le quai n'apportent aucun secours: toutes les lignes sont saturées.

Les trains qui arrivent sont déjà pleins à craquer. «Il y en a un qui suit juste après», annonce l'homme au parlophone. Personne n'essaiera de se créer une petite place, comme si la situation était trop critique pour laisser place à la mesquinerie. Les différents trains se suivent à la queue leu leu, et chacun aura son tour. Le métro aérien doit d'abord traverser tout le centre ville avant de pouvoir bifurquer vers le nord. Le trajet sur le «loop» dure 12 minutes. Il en paraît cinquante. Un message rappelle les consignes d'évacuation du wagon en cas d'accident. L'explosion crainte chaque seconde n'arrivera heureusement pas. Petit à petit, les gratte-ciel de la ville s'éloignent. Beaucoup commencent à pleurer. L'enfer est terminé. Au bout du wagon, une petite fille s'exclame. «Et que va-t-il se passer, maintenant?»

© La Libre Belgique 2001

PAR DAVID MARCELIS

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