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Quelques-uns des 21 sièges belges changent de main. Les socialistes et les libéraux perdent des plumes.

Pour les pointures qui voulaient tester leur popularité au-delà de leur circonscription, la liste européenne était the place to be. Le socialiste Paul Magnette s’est lancé dans la bataille pour légitimer sa vision européenne, le libéral Olivier Chastel pour se relancer après un scrutin communal en demi-teinte et un mandat difficile à la tête du MR, l’humaniste Benoît Lutgen pour sauver le siège du CDH au Parlement européen.

Si la question était de savoir qui avait le mieux tiré son épingle du jeu, la réponse était probablement à chercher ailleurs que dans le résultat de ces ténors de la scène nationale.

Écolo, emmené par l’eurodéputé sortant Philippe Lamberts, sort renforcé du scrutin, non seulement parce que le parti a le vent en poupe, mais aussi parce que le Belge, coprésident du groupe des Verts, lui a assuré une belle visibilité durant la législature finissante. L’élu devrait donc entamer son troisième mandat avec, à son côté, Saskia Bricmont. “Je suis sur un petit nuage”, a-t-il déclaré dimanche soir au Parlement européen, promettant d’“imprimer un changement de cap”.

Le PTB fera, quant à lui, son entrée dans l’hémicycle, en envoyant siéger Marc Botenga, qui connaît déjà bien le Caprice des Dieux pour y travailler comme attaché parlementaire au sein de la Gauche unitaire européenne. C’est ce groupe politique d’extrême gauche, en perte de vitesse à l’échelle continentale, qui avait choisi le syndicaliste belge Nico Cué comme candidat à la succession de Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission.

Les Belges éclatés dans sept groupes

En termes de voix, Paul Magnette sort en tête du scrutin européen côté francophone (sans non plus faire exploser les compteurs, selon les résultats provisoires disponibles à l’heure de boucler nos éditions). L’homme avait d’emblée assumé son choix de se porter candidat à un poste parlementaire qu’il n’occuperait pas, entendant s’appuyer sur sa légitimité électorale pour peser sur la famille socialiste européenne. Tout bénéfice pour son suppléant, l’eurodéputé sortant Marc Tarabella, qui s’est fait un nom dans le suivi des dossiers agricoles au Parlement européen et compte continuer à creuser ce sillon. “Je suis très heureux que Paul Magnette ait conduit la liste. Il y a apporté son poids et son influence.”

Sur les huit sièges à pourvoir, le PS n’en récolte que deux (un de moins que sous la législature précédente). Les socialistes belges se retrouvent de surcroît dans une famille européenne affaiblie, où rempile aussi Kathleen Van Brempt (SP.A). Mais Marc Tarabella qui, comme Marie Arena, se positionne à la gauche des socialistes et démocrates (S&D), estime préférable de faire partie d’un groupe moins important numériquement mais plus homogène politiquement. “On sera certainement écrémés de certains élus, qui vont vouloir rejoindre le groupe d’Emmanuel Macron. Tant mieux, qu’ils partent ! On sera plus cohérents dans certains votes importants”, plus proches de l’ADN du PS.

Les députés français de la liste Renaissance et l’Alliance libre des démocrates européens (ALDE) ont en effet décidé de s’allier et de se renforcer mutuellement. Siégeront dans ce groupe deux élus Open VLD (Guy Verhofstadt et Hilde Vautmans), soit un de moins, et les deux MR (un de moins également) : Olivier Chastel donc, ainsi que Frédérique Ries, eurodéputée de longue date, qui a porté des dossiers emblématiques, comme celui de l’interdiction de l’usage des plastiques à usage unique.

Quant à Benoît Lutgen, il pourra continuer à se poser la question de savoir si le CDH a bien sa place au sein du groupe du Parti populaire européen. Il a pu y maintenir le siège des humanistes, avec deux élus flamands du CD&V (Kris Peeters et Cindy Franssen) et le germanophone Pascal Arimont (CSP).

La Groen Petra De Sutter et les deux élus Écolo viendront renforcer la famille des Verts/ALE, tandis que les députés de la N-VA, emmenés par Geert Bourgeois et la transfuge du MR Assita Kanko, perdent une place chez les conservateurs et réformistes (ECR), une famille en recul, où ils ne siégeront plus qu’à trois (avec Johan Van Overtveldt). Le Vlaams Belang a indéniablement profité de sa bonne forme en Flandre : Gerolf Annemans est rejoint dans l’hémicycle par deux de ses coreligionnaires dans le groupe Europe des nations et des libertés, où se côtoient le Rassemblement national français, La Ligue italienne et le FPÖ autrichien, notamment.

Au lendemain du scrutin, il sera intéressant d’analyser plus avant le poids des familles politiques européennes, où siégeront les 21 élus belges, et de voir quels postes stratégiques ceux-ci pourraient décrocher. Dans l’hémicycle sortant, le libéral Guy Verhofstadt et l’écologiste Philippe Lamberts avaient acquis un poids indéniable, grâce à leur fonction de président de groupe politique. D’autres avaient montré quelque talent à porter des dossiers importants, nouer des alliances et forger des compromis. À voir ce qu’il en sera cette fois-ci. Sabine Verhest