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Le gouvernement français tentait lundi de reprendre la main dans le dossier Leonarda, collégienne rom expulsée au Kosovo, après une intervention du président François Hollande jugée catastrophique et alors que des manifestations de lycéens menacent de reprendre avec le soutien d'intellectuels. L'interpellation de Leonarda par la police au cours d'une sortie scolaire le 9 octobre, date pour laquelle l'expulsion de toute la famille vers le Kosovo avait été programmée, a soulevé une vague d'émotion dans une partie de la gauche et entraîné des milliers de lycéens dans la rue.

Samedi, François Hollande a proposé à la jeune collégienne de revenir "seule" en France poursuivre ses études, une solution rejetée par le jeune fille et qui n'a convaincu personne.

Pas même le patron du parti socialiste Harlem Désir, qui a demandé le retour de tous les enfants de la famille et de leur mère... avant d'estimer lundi que "le débat est clos".

Reprenant l'initiative lundi, le ministre de l'Intérieur Manuels Valls a appelé la majorité de gauche à faire bloc derrière le président, alors que les critiques contre le chef de l'Etat ont été vives de la part des écologistes, des communistes et de la gauche radicale, mais aussi des rangs du parti socialiste.

Les éditos évoquent un "naufrage" voire une "séquence dévastatrice"

L'intervention télévisée de François Hollande dans l'affaire Leonarda samedi est considérée comme un fiasco par une majorité d'éditorialistes qui parlent lundi de "naufrage" ou de "séquence dévastatrice" pour le président et sa majorité.

Dans Le Figaro, qui titre sans embage "Le Fiasco", Alexis Brézet ouvre le ban. "Dix-huit mois après l'élection de François Hollande, il nous aura donc été donné d'assister à ce naufrage", écrit-il, parlant de "l'échec cinglant d'une intervention présidentielle +solennelle+, motivée au départ par le souci d'enrayer la colère d'une poignée de lycéens et qui, à l'arrivée, n'aura pas même réussi à convaincre le premier secrétaire du Parti socialiste". "Consternant !", s'exclame-t-il.

"Pour le Président et sa majorité, la séquence est dévastatrice", renchérit Eric Decouty dans Libération. "L'affaire Léonarda, attisée par une frange du bureau national du PS, amplifiée par les querelles gouvernementales et agitée dans la rue par les lycéens, a mis au jour les divisions profondes qui traversent la gauche sur la question de l'immigration. Car, plus que l'histoire de la jeune Kosovare et de sa famille - au dossier administratif accablant-, et plus que la guerre froide entre Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls, c'est l'impensé socialiste devant un sujet de société majeur qui frappe aujourd'hui."

Selon l'éditorialiste de Libé, "ce sont des années de carence et de lâcheté politique que François Hollande paye aujourd'hui. Entre une droite tirée sur son extrême et une gauche radicalisée, le prix pourrait être élevé."

Dominique Quinio dans La Croix estime que "l'affaire Leonarda... donne une bien piètre image de la décision politique", dénonçant notamment la proposition controversée de François Hollande sur un retour de la jeune collégienne sans sa famille. "La décision présidentielle, mi-chèvre, mi-chou, d'ailleurs rejetée par l'intéressée, frôle l'amateurisme", dénonce-t-elle. "Et l'on déplorera, aux prochaines élections, le niveau des abstentions ou le succès des formations politiques extrêmes!".

Pour Patrick Apel-Muller, dans l'Humanité, "François Hollande voulait piéger l'enfant en lui donnant à choisir entre la France et sa famille ; c'est apparu comme une violation de la Convention internationale des droits de l'enfant dont la France est signataire et comme une inhumanité supplémentaire".

"Ce genre de situation ne se règle pas comme une motion de synthèse au parti socialiste", ironise Bruno Dive (Sud-Ouest). "A vouloir contenter tout le monde, François Hollande n'a satisfait personne" et cette affaire "a fait apparaître, dans un climat hystérique presque effrayant, l'état de déliquescence dans lequel se trouve la majorité."

"Hollande démission"

Côté politique aussi, les réactions pleuvent. La présidente du Front national, Marine Le Pen, a appelé lundi le président français François Hollande à démissionner pour avoir "humilié" le pays dans cette affaire.

"Le premier qui devrait démissionner, c'est pas (le ministre de l'Intérieur) Manuel Valls", a dit Mme Le Pen à la chaîne France 2. "C'est évidemment le président de la République puisqu'il a humilié la France d'une telle manière qu'il n'a plus aucune autorité", a-t-elle ajouté. "On a bien vu la faiblesse, la fragilité de ce personnage qui, sous la pression de quelques étudiants gauchistes, est venu violer non seulement des décisions administratives, mais aussi la loi", a accusé Mme Le Pen.