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Les dirigeants européens, agacés par une Theresa May "évasive" lors d'une longue séance de questions sur sa demande de report du Brexit, ont imposé jeudi soir des conditions plus dures que prévues, y compris un plan B en cas de "no-deal".

Pendant plus d'une heure et demie jeudi, Mme May s'est retrouvée sur le gril face à ses homologues, soucieux de connaître l'ensemble des variables à prendre en compte dans leur réponse à sa demande de report de trois mois, à fin juin, en lieu et place du 29 mars, date programmée il y a deux ans.

"Je n'ai pas de plan B, je m'en tiens au plan A": telle a été la réponse de Mme May, interrogée sur ses projets en cas de rejet de l'accord de divorce négocié entre Londres et Bruxelles -- ce serait le troisième -- la semaine prochaine par le parlement britannique, a rapporté une source européenne.

Son attitude a provoqué "incertitude et énervement des autres dirigeants, convaincus que le troisième vote sera négatif", a-t-on expliqué de même source.

Selon une anecdote rapportée par un responsable européen, le président français Emmanuel Macron a indiqué, une fois Mme May partie de la salle, que ses estimations de la probabilité de voir passer l'accord avaient chuté de 10 à 5% après l'intervention de la Britannique. Ce à quoi le président du Conseil européen Donald Tusk lui a rétorqué qu'il était "optimiste".

Mme May "n'a pas les réponses à toutes les questions", reconnaissait le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel vendredi matin.

"Non seulement (le président de la Commission européenne) Jean-Claude Juncker arrive à bout de patience, mais les autres aussi. A un moment, il va falloir que ça se termine si le Parlement dit non trois fois à l'accord de retrait", a expliqué un diplomate européen.

Le premier projet de conclusions posé sur la table des 28 prévoyait simplement un report du Brexit jusqu'au 22 mai en cas de vote positif à la Chambre des communes, selon un document vu par l'AFP.

Un délai déjà raccourci par rapport à la requête originale, jusqu'à fin juin, afin d'éviter de déborder sur les élections européennes prévues du 23 au 26 mai. La Commission européenne avait mis en garde contre cet écueil juridique et politique, un point de vue rapidement soutenu par certains Etats membres comme la France.

Mais la conversation a subitement pris un tour plus complexe. Il fallait dès lors intégrer un scénario supplémentaire et le risque d'une sortie "sans accord". "Évidemment, le plan à deux options a été conçu après avoir écouté May", a confié une autre source européenne.


'Long' et 'intense' 

Les Européens lui ont finalement proposé un plan à double détente.

Si les députés britanniques approuvent l'accord de divorce, le Brexit sera reporté au 22 mai.

S'il est négatif, Londres aura jusqu'au 12 avril pour décider de son avenir: organiser des élections européennes, ce qui lui permettrait alors de demander un nouveau report dont la durée n'a pas été fixée, ou partir sans accord.

Il a fallu six heures aux 27 pour s'accorder sur ces conditions. Theresa May n'a pu rejoindre ses partenaires au dîner pour parler des relations UE-Chine comme prévu. Elle est restée dans une pièce, non loin, avec son équipe, à regarder les fuites sur Twitter, a raconté un responsable britannique.

Donald Tusk l'a régulièrement tenu informée des échanges, a ajouté cette même source, avant, pendant et après les discussions qui se sont terminées en fin de soirée.


"C'était long, très long. La vérité c'est que ça a été très intense", a confié le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez. Donald Tusk a lui décrit une atmosphère "bien meilleure" qu'il ne s'y attendait.

Entre frustration et soulagement, les dirigeants se sont félicités d'avoir donné une réponse claire à Mme May. Et remis la responsabilité d'un échec d'une sortie ordonnée dans le camp britannique.

"Nous ne devons pas tomber dans le piège d'être ceux qui en quelque sorte endosseraient le mauvais rôle ou de décider à la place des Britanniques, ce qui est maintenant leur responsabilité", a souligné Emmanuel Macron.