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Après avoir créé la surprise en décrochant sa place pour le second tour de la primaire de la droite et du centre, François Fillon en est devenu le favori (face à Alain Juppé). Ce qui le place même comme très probable futur président français. L'ancien Premier ministre était de passage à Bruxelles mi-septembre pour rencontrer les Français de Belgique. Nous vous proposons de redécouvrir l'entretien que LaLibre.be avait réalisé.

S'adresser à ces électeurs potentiels, est-ce vraiment important ?

Ils sont plus de 70.000, ce qui constitue une communauté très conséquente. Ils ont fui la complexité de la législation française, de la fiscalité. Ils sont venus chercher ici un peu de liberté et d'oxygène. Je viens les mobiliser pour qu'ils participent à ce vote et qu'ils soutiennent mon programme très énergique de libéralisation française. Je propose qu'on se retrousse un peu les manches en augmentant le temps de travail, qu'on dépense un peu moins d'argent public en réduisant les effectifs et qu'on fasse comme les Allemands, les Anglais, les Américains, les Canadiens qui ont 4% de chômage.

Des réformes qui risquent de ne pas être appréciées...

Il n'y a pas le choix. Aucun pays n'est capable de vivre éternellement avec 100% de son PIB en dette. Ou bien c'est nous qui prenons les devants en restructurant notre organisation publique ou bien ce sera la Commission européenne ou le FMI qui viendront nous imposer des règles comme à un pays failli. Je suis attaché à la souveraineté de mon pays, je n'ai pas envie qu'ils soit soumis à une forme de tutelle financière de l'extérieur.

Vos chevaux de bataille sont la libéralisation de l'économie française et la restauration de l'autorité. Vous pensez vraiment que ces deux sujets sont suffisamment porteurs électoralement ?

Depuis trois ans, je vais voir les Français, je les écoute, je bâtis un projet avec eux. Ce sont ces sujets-là dont ils me parlent. Ils sont assoiffés de liberté. Les agriculteurs, les médecins, les entrepreneurs immobiliers, les artisans, les enseignants étouffent sous les réglementations. Qu'on leur fasse confiance ! On est allé tellement loin dans la bureaucratisation de la société qu'il y a une énorme demande.

Qu'est-ce qui distingue votre programme de celui d'Alain Juppé ?

Son programme est beaucoup plus modéré que le mien. Il a fait le pari d'une très grande modération, de prudence dans les changements, car la France est un pays fragile. Je respecte cette position mais on n'a plus le temps pour ça. Dégradation de l'économie, perte de compétitivité, entreprises qui délocalisent, chômage qui n'a jamais été aussi haut : cela appelle des solutions radicales. Le pays a besoin d'une forme de choc pour redonner confiance au système politique.

L'Europe n'a aucune compétence en matière de sécurité, de renseignements. Les terroristes en profitent pour passer à travers les mailles du filet. N'est-il pas temps d'instaurer un FBI européen ?

Au niveau européen, il n'y a pas grand-chose, en effet. Les pays qui n'assument pas leurs responsabilités, comme la Grèce, doivent accepter que la sécurité de leurs frontières soit confiée à la communauté. Chaque pays membre doit faire cet effort de défense. Est-ce possible ? On doit le discuter entre Européens.

Vous n'avez pas répondu à la question. Un grand service européen de police et de renseignement, vous y êtes favorable ?

Une coordination des services de renseignement, oui. Une mutualisation des moyens de défense, oui. Une agence dirigée par je-ne-sais-qui, non ! Il n'est pas question d'avoir de nouvelles structures dont la légitimité et le leadership ne sont pas clairs. L'Europe devrait se concentrer sur Schengen et ses frontières. Il faut que nos amis allemands acceptent de participer à l'effort.

Que fait-on de l'Otan dans votre vision ?

Elle restera une alliance destinée à assurer une sécurité mutuelle entre les États-Unis et l'Europe. Mais pas face à l'ennemi qu'on a en face de nous. L'Otan ne nous donnera pas les moyens de résister face aux dangers de l'Etat islamique.

C'est votre proximité avec Vladimir Poutine qui pousse vers cette analyse ?

Je ne suis pas proche de lui, je n'ai aucune affinité. J'ai été Premier ministre en même temps que lui et je l'ai donc rencontré 18 fois. Je sais comment il fonctionne. La Russie est un partenaire incontournable de l'Europe. C'est aussi un pays instable qui peut être dangereux s'il se sent menacé et s'il n'est pas correctement traité. J'ai donc toujours pensé qu'il y avait une erreur de stratégie des Européens à considérer la Russie à la fois comme un adversaire et comme un pays sous-développé. On humilie les Russes, on les pousse dans les bras des plus extrémistes et des plus nationalistes et tout cela se retourne contre la sécurité de l'Europe.

Vous prônez une réforme des institutions européennes. Quelle est-elle ?

Après le Brexit, il est impensable qu'un nouveau traité soit adopté sans demander l'avis du peuple. Mais le peuple dira non à toute proposition... Je préconise donc de se concentrer pour le moment sur la zone euro. Il faut se fixer un objectif d'harmonisation fiscale sur le moyen et le long termes. Exemple : cinq ans pour harmoniser ce qui concerne les entreprises et dix ans pour rapprocher les fiscalités des ménages. L’objectif, c'est que l'euro soit suffisamment puissant et stable pour défendre notre indépendance par rapport aux États-Unis qui se servent du dollar pour se mêler de la vie de toutes les entreprises européennes.

Les réticences vont être nombreuses en Europe.

Mais c'est la seule voie ! On court le risque de voir l'Europe rester dans la situation actuelle. Cela ne nécessite pas de nouveau traité et cela permettrait de construire un noyau économique très intégré entre l'Allemagne, la France, le Benelux, l'Italie... Ce serait le moteur d'un projet européen plus vaste.

Faut-il un ministre du Budget européen ?

Je vais plus loin : je propose qu'il y ait une sorte gouvernement économique européen, avec les chefs d'Etat et de gouvernement, doté d'un petit secrétariat général qui assure la mise en oeuvre de cet agenda.