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Deux ténors du centrisme, courant politique qui peine traditionnellement à trouver sa place dans une France bipolarisée, ont scellé mardi leur rapprochement avec l'ambition de proposer une "alternative" à une droite en crise dans la perspective des élections européennes de 2014.

Jean-Louis Borloo, ancien ministre de Nicolas Sarkozy (droite), et François Bayrou, qui avait appelé à voter pour le socialiste François Hollande au second tour de la présidentielle de 2012, ont fusionné leurs deux mouvements, l'Union des démocrates et indépendants (UDI) et le Mouvement des démocrates (Modem) dans le rassemblement "UDI-MoDem: l'Alternative", après onze ans de brouille.

"Nous avons décidé de nous rassembler, de rassembler toutes nos forces face à la situation de désarroi et de désespérance de notre pays", a déclaré Jean-Louis Borloo lors d'une conférence de presse.

Les anciens frères ennemis du centrisme comptent profiter du manque de leadership à droite, où le principal parti UMP se déchire depuis la défaite de Nicolas Sarkozy, et des difficultés du gouvernement socialiste, tout en se posant comme un rempart à l'extrême droite de Marine Le Pen qui grimpe dans les sondages.

Ils se décrivent comme humanistes, républicains, démocrates, réformistes, Européens, "porteurs d'une exigence de développement durable".

La charte du nouveau rassemblement se présente comme une "alternative" visant à protéger la France des extrêmes, sur la base d'une alliance "impossible" avec le parti socialiste et d'un partenariat "naturel" avec la droite républicaine.

L'UDI-MoDem veut présenter des candidats communs à toutes les élections "nationales, régionales et européennes". Les deux mouvements totalisent actuellement 11 députés au Parlement européen.

Le candidat à l'élection présidentielle de 2017 sera désigné "par une procédure démocratique".

François Bayrou avait recueilli 9% des voix au premier tour de la présidentielle de 2012. Jean-Louis Borloo avait renoncé à se présenter et avait appelé à voter pour le président sortant Nicolas Sarkozy dès le premier tour.

Cette réconciliation des deux hommes forts du centrisme a précipité l'annonce par le patron de l'UMP Jean-François Copé d'un "projet d'alternance" début 2014 pour répondre à "la situation extrêmement grave que traverse notre pays et (à) l'incapacité du gouvernement à y apporter des réponses crédibles et sérieuses".

Libéraux et centre-droit européens se disputent la coalition UDI-MoDem

Les libéraux et le centre-droit européens ont salué mardi le rapprochement des partis centristes français UDI et MoDem en souhaitant l'un et l'autre que les élus de la nouvelle alliance rejoignent leur groupe politique au Parlement européen.

Les cinq députés européens français élus sous l'étiquette MoDem siègent actuellement sur les bancs du groupe libéral (ALDE) de Guy Verhofstadt tandis que les six élus de l'UDI siègent sur les bancs du Parti populaire européen (PPE), qui rassemble notamment les députés français de l'UMP et les allemands de la CDU.

Pour le président de l'ALDE, l'ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt, l'alliance des deux partis centristes pro-européens français UDI et MoDem constitue "une véritable alternative pour la France et l'Europe".

"Je salue la naissance d'un grand rassemblement du centre politique en France réunissant mes amis français de l'UDI et du MoDem", a indiqué M. Verhofstadt dans un communiqué.

Il a souhaité que la nouvelle formation, baptisée "UDI-MoDem l'alternative", présente des listes autonomes aux prochaines élections européennes. "Ces listes seront seules porteuses d'une conviction européenne face à la frilosité et à l'opportunisme des socialistes et de l'UMP, et aux solutions illusoires des autres populistes et extrémistes", a indiqué le chef de file des libéraux européens.

"Un rassemblement des partis centristes est une bonne nouvelle pour faire vivre le débat démocratique à l'heure de la montée des populismes et de l'euroscepticisme", s'est réjoui de son côté, Joseph Daul, président du groupe PPE, dans un communiqué..

Cette "réunification" est "placée sous l'égide de l'esprit européen", s'est-il félicité.

"A l'issue des prochaines élections européennes, je souhaite que les eurodéputés UDI, déjà membres du Groupe PPE, puissent accueillir leurs nouveaux alliés du MoDem au sein de notre famille politique ", a poursuivi M. Daul.

"Le +partenariat privilégié+ au niveau national entre l'Alternative et l'UMP devrait faciliter grandement le retour de toutes les forces de la droite et du centre français au sein du groupe PPE, première force politique au Parlement européen, dont sont issus les pères de l'Europe", a-t-il insisté.