International Il y a la discrète Babette, bien sûr, sa femme Élisabeth Perlant qu’il a épousée à 20 ans. Il y a ses 6 enfants, sa maison d’enfance perchée sur les contreforts des Pyrénées qu’il habite aujourd’hui. Il y a ses éternels pur-sang et ses auteurs favoris, Charles Péguy, Ernst Wiechert... Il y a ses lieutenants de toujours, Marielle de Sarnez en première ligne. Il y a son terreau, le Béarn, le foin, l’odeur des étables. Si François Bayrou a pu paraître bien isolé ces dernières années, ses bases restent solides, ses racines bien ancrées. Il était isolé, certes, mais jamais seul.

Agrégé, François Bayrou se lance comme enseignant, puis se retrouve assez vite propulsé dans l’arène politique. Son CV s’y structure solidement. Élu dans ses Pyrénées Atlantiques, il travaillera en 1987 pour le ministre Philippe Séguin avant de diriger lui-même le ministère de l'Éducation nationale sous Balladur.

Centriste convaincu, ce catholique pratiquant se présente pour la première fois aux présidentielles en 2002. Il recueille les honneurs, mais termine cinquième avec à peine 7% des suffrages. Qu’importe, il soutient Chirac au second tour, mais marque déjà sa différence avec la droite et refuse de rallier l’UMP. Ce Béarnais a la tête dure, et tient à sa fierté. C’est en 2007 qu’il sème la zizanie. Aux présidentielles, il s’impose comme troisième homme et refuse d’accorder son soutien à Sarkozy pour le second tour. Pas la peine d’espérer un quelconque ministère, il rebaptise alors l’UDF en MoDem et, lâché par beaucoup, traverse ce que l’on appellera définitivement sa « traversée du désert ».

La sauce ne prend plus

Henri IV le roi libre, tel était le livre que ce passionné d’histoire a accordé à son monarque favori. Il lui partage sa conviction du destin. François Bayrou en est certain, il a quelque chose à dire aux Français. Mieux même, il en est persuadé, le destin de la France ne peut qu’embrasser celui de ses idées. Du coup, pas la peine d’hésiter, cette année encore François Bayrou sera présent. Porté par cette conviction, il se réjouit des premiers sondages avant qu'ils ne dérapent. Pire, face à Mélenchon et Marine Le Pen, il ne se retrouve plus qu’à la cinquième place. Que se passe-t-il ? La bipolarisation du paysage politique français aurait-elle définitivement sonné le glas de sa carrière ? Il a beau marteler qu’il était le premier à signaler le surendettement de la France, la sauce ne prend plus. Lui, l’Européen de toujours, se laisse tenter par un discours protectionniste. « Achetez français » répète-t-il, mais son discours lasse... et est balayé par les images de son départ du meeting à bord d'une voiture allemande. Et puis, axé sur la dette, le programme de François Bayrou met l’accent sur l’austérité. Parviendra-t-il du coup à réenchanter la France ?

Mais même en retard, même en plein rush électoral, cet infatigable têtu prend le temps de revenir une fois par semaine à Bordères, son village natal. On l’imagine alors marchant, passant devant son école, et on se dit que parfois, il doit rêver y retourner. Il s’y verrait bien, c’est sûr. Il y aurait toujours le grand tableau noir et la carte de France rappelant sans mot dire le tracé de ses fleuves. Mais il y aurait aujourd’hui le petit François au premier rang, le vigoureux Nicolas sur les rebords de la fenêtre et au fond, les intraitables Jean-Luc et Marine se chamaillant à coups de lancés de gommes. Lui, serait debout dans ses habits d’instituteur, leur enseignant son histoire de France, et espérant qu’un jour, cette petite estrade de bois soit le perron de l’Élysée.