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Un parti "clairement franquiste", "le plus grand traître de l'histoire démocratique espagnole": la campagne des élections de dimanche en Espagne a été marquée par une surenchère d'invectives entre candidats pour mobiliser l'électorat en jouant sur la peur.

"C'est une campagne particulièrement paroxystique, polarisante, truffée d'hyperboles et sans discussion sur des questions concrètes", résume pour l'AFP Manuel Arias, professeur de sciences politiques à l'Université de Malaga (sud).

Face aux sondages qui assurent qu'une bonne partie des électeurs se décideront au dernier moment, les formations de gauche - dont celle du chef du gouvernement socialiste Pedro Sanchez - et celles de droite s'écharpent dans un duel à la rhétorique enflammée.

Cette campagne s'inscrit "dans un contexte international nouveau" de "populismes émergents de toutes sortes" tant en Europe qu'en Amérique et qui "imprègne d'une manière ou d'une autre" la campagne espagnole, estime José Ruiz San Roman, professeur de sociologie et d'opinion publique à l'Université Complutense de Madrid.

En février, Pablo Casado, leader du Parti populaire (PP, droite), avait lancé les hostilités, en enchaînant dans un seul discours plus de vingt invectives contre Sanchez: "plus grand traître de l'histoire démocratique espagnole", "félon", "menteur compulsif", "irresponsable", "catastrophe pour le futur" du pays, "médiocre"...

"Espagne en noir et blanc"

Il a récemment accusé le socialiste de pactiser avec "l'hydre à sept têtes des +batasunos+, des pro-ETA, des indépendantistes, des séparatistes, des communistes, des chavistes et des castristes".

Une référence aux partis ayant appuyé la motion de censure contre le conservateur Mariano Rajoy, qui a permis à M. Sanchez d'arriver au pouvoir en juin, dont les séparatistes catalans, la gauche radicale de Podemos ou EH Bildu, héritier de la formation Batasuna qui était considérée comme le bras politique de l'organisation armée basque ETA.

"Le gouvernement Frankenstein est mort, mais Sanchez tentera de le ressusciter d'une manière ou d'une autre", a twitté pour sa part le leader des libéraux de Ciudadanos, Albert Rivera, selon qui se débarrasser de Pedro Sanchez est une "urgence nationale".

Santiago Abascal, à la tête de la formation d'extrême droite Vox, a appelé pour sa part ses sympathisants à vaincre les "traîtres qui sont au gouvernement et qui soutiennent tous les ennemis de l'Espagne".

Les socialistes ont eux mis en garde contre une "Espagne en noir et blanc", un "trifascisme" si le PP et Ciudadanos s'alliaient après le scrutin avec Vox, qui est selon eux un parti "clairement franquiste".

Les deux débats télévisés de lundi et mardi ont encore été marqués par les échanges d'amabilités et les accusations réciproques de mensonges entre MM. Sanchez, Casado et Rivera. Quatrième invité, le leader de gauche radicale Pablo Iglesias les a appelés à ne pas "surjouer". 

"La peur fonctionne bien"

"La peur est l'émotion qui produit la réaction la plus rapide" chez l'électeur, explique Silvia Martinez, enseignante en communication à l'Université ouverte de Catalogne.

"La peur fonctionne bien. Je diffuse en vous une peur évidente (...) et vous donne une solution facile: mettre le bulletin de vote de l'autre côté", abonde José Ruiz San Roman.

Selon l'expert, ces joutes verbales s'inscrivent dans un contexte inédit en Espagne depuis la fin de la dictature franquiste en 1975.

"Il y a eu un processus d'autodétermination (en Catalogne) très dur, il y a eu des procès de corruption très durs", comme celui qui a permis à M. Sanchez de faire tomber le gouvernement conservateur, sans compter "l'apparition de forces politiques qui changent le paysage" politique, ajoute-t-il.

De dures attaques ont également lieu au sein même de la droite. Vox a ainsi qualifié le PP de "petite droite lâche", faisant réagir jusqu'à l'ancien président du gouvernement José Maria Aznar, qui a répliqué: "Moi, personne ne me parle d'une droite lâche en me regardant dans les yeux!"