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La crise des "gilets jaunes" est "une chance" pour "réagir plus fort" et continuer à réformer plus profondément, a déclaré Emmanuel Macron devant des maires réunis dans la commune de Gasny (Eure) mardi, jour du lancement du grand débat.

Avant le coup d'envoi officiel prévu devant 600 maires à Grand Bourgtheroulde, le chef de l'Etat a fait une étape surprise, sans même en avertir le maire, dans ce petit village, où il a participé au conseil municipal autour d'une longue table rectangulaire.

"Je ne veux pas dire que les gilets jaunes est un mouvement social d'un nouveau type, qu'on va attendre qu'il se fatigue et la vie reprendra son cours (...) Mais c'est une chance pour qu'on puisse réagir plus fort et plus profondément", a déclaré le chef de l'Etat.

"Il faut constamment redemander aux gens leur avis. Je ne pense pas du tout que ce soit du temps perdu, que ce soit du temps pour arrêter les réforme car les gens veulent des changements", a-t-il ajouté.

Cette première sortie du chef de l'Etat en région depuis un mois se déroule sous haute sécurité, alors qu'une centaine de "gilets jaunes" étaient rassemblés à Grand Bourgtheroulde après avoir réussi à contourner les barrages.

"On n'est pas là pour casser"

"On n'est pas là pour casser. On veut montrer qu'on ne lâche pas. S'il va dans une autre commune, on y sera, on va faire la tournée avec lui", affirme Nadège, 40 ans, venu de Chartres avec quatre autres "gilets jaunes".

Toute manifestation est interdite sur la commune jusqu'à mercredi. A Rouen, à une trentaine de kilomètres de là, plus de 2.500 "gilets jaunes" ont défilé samedi dans le centre-ville, une mobilisation qui a donné lieu à des affrontements avec les forces de l'ordre et des agressions de journalistes.

A partir de 15h, le chef de l'Etat compte écouter pendant plus de deux heures les maires des cinq départements normands venus exposer les doléances de leurs administrés.

Depuis qu'il a été violemment pris à partie par des manifestants début décembre au Puy-en-Velay, Emmanuel Macron n'est plus retourné au contact des Français, à l'exception d'une visite éclair sur le marché de Noël de Strasbourg le 14 décembre, après l'attentat qui a fait cinq morts.

Le grand débat durera deux mois autour de quatre thèmes principaux (fiscalité et dépenses publiques, organisation des services publics, transition écologique, démocratie et citoyenneté).

"Neutralité totale"

Pour en "piloter l'animation", deux membres du gouvernement, Emmanuelle Wargon (Transition écologique) et Sébastien Lecornu (Aménagement du territoire), ont été désignés, ce qui a provoqué inquiétude et critiques de la part de l'opposition et des "gilets jaunes". Mme Wargon, qui devait rencontrer une délégation de "gilets jaunes" à Grand Bourgtheroulde ce mardi, a insisté sur le fait qu'elle serait chargée, avec son collègue, de "l'organisation opérationnelle" du grand débat mais pas de son "contrôle".

"L'indépendance et la neutralité du grand débat sera totale", a certifié le président LREM de l'Assemblée nationale, Richard Ferrand, renvoyant à la désignation d'ici à vendredi de cinq "garants" pour faire respecter ces principes.

Grand Bourgtheroulde, bourg de 3.500 habitants, est la première étape d'un tour de France qui conduira Emmanuel Macron à écouter les maires de toutes les régions, lors d'une dizaine de rencontres.

Le maître mot est l'écoute. "La parole sera laissée aux maires" afin qu'ils fassent "remonter les préoccupations de leurs concitoyens", assure l'Elysée.

Français sceptiques

Le maire de Grand Bourgtheroulde, Vincent Martin (sans étiquette), remettra "en mains propres" au président le cahier de doléances des Therouldebourgeois. Les questions de justice fiscale - plus précisément le rétablissement de l'ISF, un tabou pour le président -, de pouvoir d'achat des retraités et de mobilité arrivent en tête des préoccupations.

Le président aura fort à faire pour convaincre nombre d'habitants persuadés de l'inutilité du grand débat, qu'ils se disent pro-Macron ou "de tout coeur" avec les "gilets jaunes".

L'enjeu de cette initiative est crucial pour Emmanuel Macron, qui compte relancer son quinquennat et reprendre l'initiative après deux mois de crise et d'effondrement dans les sondages.

Mais les Français restent sceptiques. Selon un sondage Elabe pour BFMTV mardi, 40% dentre eux ont l'intention de participer au grand débat, mais seulement 34% pensent qu'il permettra une sortie de crise.

"Il faudra impérativement que le gouvernement en tienne compte (...) Dire dans un grand élan de générosité +Je vous ai compris+, sans qu'il se passe quelque chose derrière, ça risquerait de poser problème", prévient Michel Fournier, vice-président de l'AMRF.

Après l'Eure, Emmanuel Macron se rendra vendredi à Souillac (Lot) pour un deuxième débat avec des maires, au lendemain des voeux aux armées à Toulouse.