International Correspondante à Jérusalem

Ce crime honteux contredit nos valeurs, notre religion, nos coutumes", a déclaré vendredi le gouvernement Hamas à Gaza. Même pour l’Autorité palestinienne à Ramallah, rivale du "Hamastan" à Gaza, il s’agit d’une "page sombre dans l’Histoire palestinienne ".

La consternation à Gaza est générale, en effet. Avec l’enlèvement et l’assassinat du pacifiste italien Vittorio Arrigoni, la population pleure la perte d’un de ses citoyens d’honneur, tandis que les services de sécurité du Hamas s’inquiètent de voir leur poigne de fer défiée par ces salafistes, proche d’Al Qaeda, qu’ils se targuaient d’avoir matés. C’était le premier rapt d’un étranger depuis la prise de pouvoir du Hamas à Gaza en 2007 et le premier assassinat d’un otage étranger depuis que Gaza a accédé à l’autonomie en 1994.

Cependant, à en croire des sources locales, l’identité des responsables n’est pas claire. Le groupe jihadiste "Monothéisme et Guerre sainte", dont une fraction inconnue avait revendiqué jeudi l’enlèvement de l’Italien, a nié vendredi toute responsabilité dans sa mort. Et les autres milices extrémistes à Gaza ont pris leurs distances de toute l’affaire.

Tous, Hamas inclus, rejettent la faute sur Israël, qui aurait selon eux instigué le drame pour "ramener l’anarchie" à Gaza et plus spécialement pour décourager les pacifistes internationaux de lancer une nouvelle flottille d’aide à Gaza. Une telle flottille est notamment planifiée pour fin mai, en vue de défier une fois de plus l’embargo maritime qu’Israël continue à imposer à Gaza.

Journaliste et membre du Mouvement international de solidarité pro-palestinienne, Vik - comme l’appelaient ses amis gazaouis - était précisément arrivé à Gaza à bord d’une flottille semblable en 2008. C’était une des rares dont Israël, alors gouverné par le centriste Ehoud Olmert, avait autorisé le passage jusqu’à Gaza. Le pacifiste italien y était resté, s’y consacrant à des activités humanitaires et des campagnes contre l’occupation israélienne.

Dans leur vidéo diffusée jeudi sur Youtube, les ravisseurs de M. Arrigoni décrivaient leur otage comme "un journaliste venu chez nous uniquement pour corrompre notre peuple Venu d’Italie, Etat des infidèles dont les armées occupent les pays de l’Islam". Ils menaçaient de l’exécuter si le gouvernement Hamas ne libérait pas plusieurs de leurs camarades arrêtés ces derniers mois à Gaza. Et ils avaient fixé l’ultimatum à vendredi après-midi.

Mais jeudi soir, déjà, les forces du Hamas qui avaient arraché des informations à un complice des ravisseurs, ont retrouvé l’otage sans vie, pendu dans une maison abandonnée.

Le gouvernement du Hamas jure de sévir. Sa police aurait déjà arrêté quelques personnes et en rechercherait d’autres. Cela fait plusieurs années que le Hamas et les salafistes sont à couteaux tirés.

Divisés en groupes indépendants, peu nombreux mais influents, ces derniers exigent une observance particulièrement stricte de l’islam. Et adeptes d’une guerre sans merci contre Israël, ils refusent généralement les cessez-le-feu conclus par le Hamas avec Israël. En août 2009, lorsqu’une de leurs factions annonça dans une mosquée la création d’un Emirat islamiste à Gaza, les forces du Hamas assaillirent la mosquée, déclenchant des échanges de feu qui firent 24 morts.