International

L'armée israélienne a déclenché lundi de multiples frappes dans la bande de Gaza en représailles au tir d'une roquette qui a fait sept blessés au nord de Tel-Aviv dans la nuit, dans une période hautement volatile laissant craindre une escalade armée. Des objectifs ont été frappés en différents endroits de l'enclave palestinienne sous blocus, coincée entre Israël, Egypte et Méditerranée, a rapporté une source au sein des services de sécurité de la bande de Gaza dirigée par le mouvement islamiste Hamas.

Un immeuble de deux étages hébergeant officiellement une compagnie d'assurance --en fait un bâtiment des services de renseignement du Hamas selon l'armée israélienne--, et un autre appartenant à ses services de sécurité intérieure ont été entièrement détruits dans le centre de la ville de Gaza, ont rapporté des témoins.

Les secours gazaouis n'ont fait état d'aucun mort ni blessé dans un premier temps.

Les représailles israéliennes ont commencé au moment précis où le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu était reçu par le président américain Donald Trump à la Maison Blanche, à 15 jours d'élections législatives incertaines dans l'Etat hébreu.

"Au moment où nous parlons, Israël est en train de répondre avec force à l'agression gratuite" qu'a constitué le tir de roquette de la nuit, a dit M. Netanyahu. M. Trump a dénoncé une "attaque méprisable" contre Israël et évoqué "le droit absolu" de l'Etat hébreu à se défendre.

Grand allié du Premier ministre israélien, M. Trump lui a d'autre part fait un cadeau de prix en officialisant la reconnaissance par Washington de la souveraineté israélienne sur la partie du Golan syrien annexée par Israël, malgré la réprobation suscitée à l'étranger par cette nouvelle rupture du président américain avec le consensus international au profit de l'Etat hébreu.


Mais M. Netanyahu a annoncé qu'il rentrerait aussitôt après avoir été reçu par le président Trump, "pour diriger de près nos opérations", alors qu'il devait initialement prononcer un discours mardi devant un grand lobby pro-israélien, puis dîner avec M. Trump.

L'armée israélienne a accusé le Hamas d'être l'auteur du tir, qui, selon elle, a parcouru 120 km depuis une de ses positions dans le sud de la bande de Gaza.

Le Hamas a nié, mais il a prévenu ainsi que le Jihad islamique qu'ils répliqueraient à une "agression" israélienne.

"Notre peuple ne s'inclinera pas et la résistance (les groupes armés) sont capables de dissuader l'occupant (Israël) s'il franchit les lignes rouges", a prévenu le chef du Hamas Ismaïl Haniyeh.

L'armée israélienne a annoncé la fermeture des points de passage entre Israël et l'enclave palestinienne éprouvée par les guerres, la pauvreté et les blocus israélien et égyptien. Elle a également bouclé les routes autour de Gaza, interdit les activités agricoles et annoncé l'envoi de deux brigades en renfort, ainsi que le rappel de réservistes.

Israël et le Hamas se sont livré trois guerres à Gaza depuis que le mouvement islamiste y a pris le pouvoir par la force en 2007. Les deux camps ont frôlé la guerre en 2018 et les tensions ont de nouveau augmenté ces dernières semaines.

La roquette tirée dans la nuit a frappé une maison à Mishmeret, petite localité au nord de Tel-Aviv.

Quatre adultes et trois enfants, dont un bébé de six mois, ont été hospitalisés, selon l'hôpital de Kfar Saba. Six appartiennent à la même famille et souffrent de brûlures et de blessures légères par éclats.

Les sirènes ont retenti vers 05H18, a indiqué un porte-parole de la police, Ami Ben David. Les occupants de la maison se sont précipités vers la pièce sécurisée que comportent de nombreuses habitations israéliennes précisément pour de telles éventualités. La roquette a crevé la toiture et explosé dans la maison, a-t-il dit.

Un haut responsable du Hamas a déclaré que la roquette pourrait être partie malencontreusement à cause du mauvais temps: "Personne au sein des mouvements de résistance, y compris le Hamas, n'a d'intérêt à tirer des roquettes de Gaza contre l'ennemi".

M. Netanyahu passe pour être également réticent à une opération militaire d'envergure. Mais en pleine campagne électorale, il a été accusé par ses adversaires d'avoir "perdu la bataille de la sécurité" et de la dissuasion contre le Hamas.

Ces tensions renouvelées surviennent quelques jours seulement avant le 30 mars, premier anniversaire de la "Grande marche du retour", mobilisation contre le blocus et pour le droit des Palestiniens à retourner sur les terres qu'ils ont fuies ou dont ils ont été chassés à la création d'Israël en 1948.

Cet anniversaire doit donner lieu à une importante mobilisation palestinienne.

Depuis mars 2018, au moins 258 Gazaouis ont été tués par des tirs israéliens, la grande majorité lors de manifestations, souvent accompagnées de violences, le long de la frontière, d'autres dans des frappes israéliennes. Deux soldats israéliens ont été tués.