International Considéré comme pro-européen, il est aussi l’un des journalistes les plus craints par les institutions européennes. Son dernier livre, "Les salauds de l’Europe", ne changera en rien cette image. Le correspondant de Libération à Bruxelles y désigne les coupables du marasme européen et ils ne sont pas forcément ceux que l’on croit. A une semaine du deuxième tour de l’élection présidentielle française, Quatremer évoque aussi l'avenir proche de la France. Il nous présente le favori des sondages, Emmanuel Macron et évoque l'avenir de la finaliste, Marine Le Pen, et de son parti. Jean Quatremer est l’invité du samedi de La Libre.be.

Extraits:

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Dans cette campagne électorale, comment expliquer un si grand écart d'opinions dans le pays ?

Cette élection est l’occasion de clarifier les choses une bonne fois pour toutes. Macron contre Le Pen, c’est la République contre le fascisme, c’est l’ouverture sur l’Europe contre la fermeture des frontières à l’intérieur de l’Europe, c’est l’ouverture au monde contre le protectionnisme, c’est la tolérance contre l’intolérance. Autrement dit, vous ne pourrez pas trouver deux candidats aussi opposés que Marine Le Pen et Emmanuel Macron. On voit qu’il y a deux France. D’une part celle des villes et d'autre part celle des campagnes. Vous avez la France éduquée et la France non-éduquée, davantage que la France au travail et la France au chômage. C’est vraiment l’éducation qui est déterminante. Moins vous faites d’études, plus vous votez pour un parti fasciste.

L’autre inconnue qui entoure aussi Emmanuel Macron, c’est son jeune âge, son inexpérience politique ainsi que sa volonté de renouvellement des têtes. Le danger n’est-il pas d’avoir un président inexpérimenté assisté d’un gouvernement tout aussi inexpérimenté ?

Il est clair qu’on rentre dans un monde nouveau avec Macron. Tout comme ce serait le cas avec Marine Le Pen. A la différence de Hollande, Sarkozy ou Chirac, Macron ne doit son élection qu’à lui-même. Et d’une certaine façon, il fait comme le Général de Gaulle au début de la Ve République : faire sauter le régime des partis et être élu indépendamment des partis. Pour s’entourer, c’est lui qui constitue un parti autour de lui. Mais s’il est élu, il peut se prendre pour Dieu. Il faut faire très attention.

Qu'entendez-vous par là ?

Soit il est suffisamment intelligent pour comprendre qu’il y a un risque de césarisme où le président tout puissant dirige seul sur tous les sujets, soit il forme un gouvernement de coalition avec un Premier ministre qui s’occupe de politique intérieure et il se contente des questions internationales, des attentats, etc. Il sera intéressant de voir sa façon de s’entourer et de gouverner.

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