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Depuis une semaine et demie, des milliers de jeunes catholiques cheminent dans la prière mais aussi dans la joie et la bonne humeur vers la Pologne qui accueille pour la 2e fois depuis leur création en 1984 les Journées mondiales de la jeunesse. Après Czestochowa, haut lieu marial s’il en est, en août 1991, cap est mis cette fois sur la capitale culturelle, Cracovie, autre ville chère à Jean-Paul II.

Né non loin de là, à Wadowice, il y fit ses études et y fut ordonné tout en menant une riche vie culturelle avant de s’envoler au propre et au figuré vers Rome. Déjà élevé à la dignité des autels, le pape polonais est devenu naturellement le saint patron des ou plutôt de "ses" JMJ. Et Dieu sait si le culte des saints reste fort dans un pays de tradition catholique à l’Est de l’Europe…

Le fidèle secrétaire

On estime entre un million et demi et deux millions le nombre de jeunes pèlerins qui, issus de plus de 80 nationalités, participeront au programme proprement dit de ce grand "pow wow des jeunes cathos" qui a démarré mardi par une célébration solennelle présidée par l’actuel archevêque et ancien secrétaire du pape précité, le cardinal Stanislas Dziwisz. A ses côtés trônaient les symboles des JMJ : la grande croix de plus de trois mètres, instaurée lors de l’année sainte de la rédemption, en 1984, et l’icône de la Vierge Salus Populi Romani, signe de protection maternelle pour les jeunes qui portaient la marque de fabrique de Karol Wojtyla. C’est dire si en filigrane de la rencontre on a déjà évoqué et on évoquera beaucoup la personnalité du père des JMJ.

Le pardon et la miséricorde

Et qu’on n’arrêtera pas de faire des comparaisons entre le pape d’hier et l’actuel qui, jusque sur les banderoles déployées devant les églises doit se contenter d’un portrait plus petit que son prédécesseur. Reste que sur le fond, les thématiques développées il y a un quart de siècle et ces prochains jours sont proches : Jean-Paul II insista sur le pardon là où l’actuel évêque de Rome a tout placé sous le thème de l’année de la miséricorde.

N’empêche que François devra tenir compte de l’actuel contexte polonais. Jean-Paul II s’imposait dès qu’il apparaissait; grande conscience morale de la Pologne sous le joug, il incarnait son pays et ses valeurs et surtout il les sortit de l’enfer du communisme.

De son côté, le pape argentin marche sur des œufs parce que l’Eglise locale y emprunte désormais souvent les voies gouvernementales les plus conservatrices. Et sur pas mal de dossiers, l’Eglise polonaise n’approuve que du bout des lèvres certaines audaces de Jorge Mario Bergoglio. Là où François plaide, actes à l’appui pour l’accueil des réfugiés - jusqu’à en ramener plusieurs au Vatican après sa visite sur l’île de Lesbos - l’Eglise polonaise demanda timidement de créer "un couloir humanitaire pour les migrants", sous-entendant avec le pouvoir politique qu’ils ne sont pas vraiment les bienvenus.

Trop ouvert à l’islam et sur le plan moral

Puis, on n’apprécia pas non plus dans les cénacles ecclésiaux locaux d’autres gestes d’ouverture tel le fait d’avoir choisi des musulmans pour le lavement des pieds du Jeudi saint. Enfin, même si le pape François reste "prudentissime" sur les concessions qu’il voudrait faire en matière morale - un plus grand respect pour les homosexuels mais aussi plus d’ouvertures vers les divorcés remariés et le recours à la contraception - on ne peut perdre de vue que les catholiques polonais se tiennent toujours à une certaine rigueur doctrinale en la matière.

Pour toutes ces raisons, on n’est pas étonnés d’apprendre que François rencontrera la Conférence épiscopale polonaise… à huis clos et ne rendra en principe pas public le discours qu’il lui adressera. Ces débats échappent sans nul doute aux jeunes venus des quatre coins de la planète, venus surtout vivre leur foi sans complexes.

Selon une enquête du magazine "La Vie", ils ont en moyenne 20 ans et ne craignent plus de dire qu’ils sont engagés. En allant au moins une fois par semaine à la messe mais aussi en concrétisant leur foi sur le terrain par des engagements divers. Simplement mais fermement et sans être des "grenouilles de bénitier"… Là, ils croiseront sans nul doute le pape François avant la messe finale de dimanche prochain…


Une présence belge enthousiaste depuis l’arrivée en terre polonaise

Sont-ils finalement plus de deux mille ? Difficile de donner des chiffres précis sur la participation belge à l’édition 2016 des JMJ mais une certitude : toutes celles et tous ceux qui sont présents vivent une expérience exceptionnelle, qu’ils fassent partie de la délégation francophone ou néerlandophone ou qu’ils accompagnent les groupes issus de mouvements religieux qui ont pignon sur rue depuis des siècles ou de création récente…

Depuis l’envoi de Battice le 16 juillet dernier, les différents groupes ont eu l’occasion de découvrir la Pologne, plus particulièrement catholique en étant accueillis en paroisses et en se voyant proposer des programmes à la fois spirituels et de détente. "Les jeunes vivent comme d’habitude des moments qui les marqueront", explique depuis Cracovie la coordinatrice francophone, Claire Jonard. "Les mesures de sécurité imposées ici par les forces de l’ordre, la police et l’armée sont hors normes mais on pense pouvoir dire qu’on est plus à l’abri ici qu’en Belgique ou en France. Cela a rassuré les jeunes qui du coup s’investissent à fond dans l’aventure."

Une présence épiscopale appréciée

Un temps fort fut en fin de semaine dernière l’accueil à l’Université de Lublin et la rencontre dans l’Arena de cette ville. Mais c’est, évidemment, la rencontre commune de tous les participants en présence des six évêques belges, l’archevêque De Kesel en tête, au cœur de Cracovie mardi qui a frappé les esprits. Bref, les JMJistes sont fin prêts à vivre un autre temps fort avec le pape François… En espérant toujours l’inviter à venir en Belgique.