International Mali

Depuis la reprise de la guerre, en janvier, et surtout depuis la fermeture de la frontière algérienne, les populations de la région de Kidal (région la plus au nord du Mali) sont coupées de leurs approvisionnements. Entre les bombardements de l’aviation française et la frontière fermée, nous craignons que les civils soient pris entre le marteau et l’enclume."

Olivier Vandecasteele est responsable des programmes de Médecins du Monde (MDM) pour le Mali. MDM n’avait pas quitté le Nord-Mali depuis sa conquête par les jihadistes et continuait à y assurer des soins de santé, notamment avec des équipes mobiles. Depuis la reprise des combats, MDM a "un suivi de sécurité plus appuyé", mais poursuit sa tâche dans les régions de Kidal et Gao - non sans difficultés.

MDM a ainsi envoyé une équipe de deux médecins et des infirmiers au village de Tin Zaouaten, à cheval sur la frontière algéro-malienne; ils y donnent 50 à 100 consultations par jour. Normalement, la partie malienne du village compte 2 000 personnes; il y en a trois fois plus aujourd’hui, bloquées par les autorités algériennes qui ont fermé la frontière de crainte que les jihadistes, dont une partie sont Algériens, reviennent sur leur territoire.

Or, normalement, en raison de l’abandon dans lequel est laissé le Nord-Mali depuis l’indépendance et à cause de la distance (Kidal est à 1 700 km de Bamako et 400 de Tamanrasset, dans le sud algérien), la région la plus septentrionale du Mali est approvisionnée depuis l’Algérie : les biens amenés de la capitale malienne y coûtent 2,5 à 3 fois plus cher que ceux venus du voisin du nord. En temps normal, 85 % de ce qui est consommé à Kidal vient d’Algérie.

"Les familles continuent d’arriver" à Tin Zaouaten, souligne Olivier Vandecasteele, selon qui " il s’ agit généralement de femmes, enfants et vieilles personnes" , sans que l’on sache si les hommes sont absents parce qu’ils combattent ou, comme c’est aussi le cas, parce qu’ils sont restés près des biens de la famille pour les protéger.

Asphyxier la région, au détriment des civils ?

" Ce village, très pauvre, dispose de peu d’infrastructures. Il n’y a pas d’abri pour ces familles, qui sont nombreuses à ne disposer de rien d’autre que de l’ombre de camions pour se mettre à l’abri du soleil du Sahara." Les camions , qui ont amené ces déplacés de guerre à Tin Zaouaten, appartiennent généralement à des commerçants, qui attendent un retour au calme pour rentrer. Ils restent vides car les Algériens ne laissent même pas passer les biens. Alger, Bamako et Paris craignent-elles que l’approvisionnement qui serait autorisé à passer d’Algérie au Mali soit partiellement utilisé en faveur des jihadistes, que l’on croit retranchés dans le massif des Ifoghas (ou Iforas) ? Si tel était le cas, on serait en train d’asphyxier la région pour attraper les jihadistes - au détriment des populations.

Car Kidal n’est pas non plus approvisionnée par le sud : les rares routes ont été minées et sont susceptibles d’être le théâtre d’attaques. Deux civils ont ainsi récemment sauté sur une mine sur la route Gao-Kidal. "Généralement, ce sont les commerçants qui ouvrent la route. Mais pour l’instant, il n’y a pratiquement rien qui passe en raison du danger", dit M. Vandecasteele. "L’eau est un grave problème à Tin Zaouaten, ajoute-t-il. Le seul puits exploitable est à 2 km; une ONG européenne est en train de voir s’il peut être aménagé. Il n’y a pas de latrines. La promiscuité est importante. On craint des épidémies - surtout chez les enfants (rougeole, coqueluche) . On attend du matériel - bassins, couvertures, savon, sheeting - mais tout est bloqué à Gao et on ne passe pas pour le moment "

"Pour nous , dit le responsable de MDM, ce serait plus simple si les vieilles personnes et les enfants déplacés étaient autorisés à entrer en Algérie." Bien que la situation n’y soit pas rose pour les réfugiés maliens entrés avant la reprise de la guerre : le camp de Bordj Mokhtar, côté algérien de la frontière, connaît une épidémie de rougeole - qui peut faire des ravages sur des enfants affaiblis.

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