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L'affaire Leonarda a réveillé le procès en manque d'autorité fait au chef de l'Etat, dont les décisions et la recherche systématique de la synthèse ont été critiquées tout au long du weekend, jusqu'au sommet du Parti socialiste.

L'annonce que la famille de la collégienne rom Leonarda Dibrani avait été agressée par des inconnus, dimanche, alors qu'elle se promenait dans Mitrovica, la ville du nord du Kosovo où elle réside depuis son expulsion de France le 9 octobre, a ajouté à l'émotion suscitée par cette affaire.

La mère de Leonarda, Xhemaili, "a été giflée et hospitalisée, tandis que les enfants, traumatisés, se trouvent dans un commissariat de police", a dit à l'AFP une source policière. "Cela démontre que les Dibrani ne sont pas en sécurité ici", a-t-elle dit. Loin de s'éteindre, comme l'espérait François Hollande, la polémique n'a cessé d'enfler au cours du week-end, relançant au passage le débat sur la montée du Front national, à cinq mois des municipales et sept mois des européennes.

Pire, elle est désormais centrée sur la personne du président et non plus seulement sur le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls. La critique la plus pénible pour le chef de l'Etat est venue samedi de sa propre majorité, quand le Premier secrétaire du PS Harlem Désir a estimé que les frères et soeurs de Leonarda devaient, comme elle, être autorisés à poursuivre leurs études en France.

Le président a en effet confirmé l'expulsion de toute la famille, mais autorisé Leonarda, âgée 15 ans, à revenir en France, "seule". Dimanche, le député PS Malek Boutih a reproché au président de "décider de tout et pour tout". "C'est la première fois qu'on demande à une enfant mineure de choisir entre sa scolarité et ses parents", s'est-il indigné. Une indignation partagée par EELV (écologistes) à en croire un de ses porte-parole, Elise Lowy, qui a jugé dans un communiqué "inhumains et incompréhensibles" les propos du président et de M. Valls. Mais qui n'engage que ce porte-parole a ensuite précisé le numéro 1 du parti Pascal Durand, le bureau exécutif d'EELV devant examiner ce sujet lundi soir.

Aujourd'hui, "la confusion est à son comble à la tête de l'Etat", a lancé le président du Parti de Gauche (PG) Jean-luc Mélenchon, reprochant aux socialistes de ne pas avoir changé les lois sur l'immigration dès leur arrivée au pouvoir. Le député PS Jean-Christophe Cambadélis a exhorté en vain les socialistes et leurs alliés à "se calmer" et à "respecter la doctrine fixée par le président de la République". "Cette classe politique est transformée en volière, où tout le monde caquète dans tous les sens", a-t-il lancé.

"Une cote mal taillée"

"Quand (les critiques) viennent de notre propre camp, je le déplore, car cela nous affaiblit collectivement", a de son côté déclaré le ministre de l'Intérieur Manuel Valls dans les colonnes du Journal du Dimanche. "Le geste du Président est un geste de générosité pour Leonarda, mais la famille ne reviendra pas", a-t-il dit.

Si elle fait défaut au PS, l'unité est au contraire clairement retrouvée à l'UMP... pour tirer à boulets rouges sur le locataire de l'Elysée. "Il n'est pas question de laisser l'extrême droite profiter de l'impéritie du président de la République", a lancé son président Jean-François Copé.

Pour Rachida Dati (UMP), François Hollande a même "violé la Constitution" en exemptant Leonarda d'une décision de justice. Le centriste Jean-Louis Borloo (UDI) a lui suggéré à François Hollande, en qui les Français n'ont plus "aucune confiance", de changer de gouvernement ou de dissoudre l'Assemblée nationale.

A l'Elysée, on jugeait dès samedi l'avalanche de critiques "extravagante" face à une décision "discrétionnaire" du président, relevant d'un "choix humanitaire". Dès lors que Leonarda a refusé un retour en France, "le problème est réglé", voulait croire Ségolène Royal dimanche. "La loi va s'appliquer et la famille va rester au Kosovo", a assuré la présidente de Poitou-Charentes avant l'agression des Dibrani.

Pour Roland Cayrol (Cevipof), la décision de M. Hollande "est de nature à renforcer l'image d'un président qui manque d'autorité". On peut certes y voir "une cote mal taillée", mais "dans l'immédiat, ça limite les dégâts", selon lui. "Le problème de Hollande, c'est sa pratique du pouvoir qui ne correspond pas à la logique d'un chef de l'Etat qui, sous la Ve République, doit trancher", estime au contraire Gérard Grunberg, politologue au Centre d'études européennes de Science Po.

"Dans de nombreux domaines - les institutions, l'Europe ou l'immigration -, le PS est, au pire, idéologiquement hostile à toutes les politiques menées par le président de la République, au mieux, il le laisse faire sans le soutenir", assure M. Grunberg.

Le politologue voit un "paradoxe, quand une grande partie des socialistes essaient de détruire politiquement le seul ministre socialiste populaire", à savoir Manuel Valls.