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Pour avoir travaillé treize années durant à la conception et à la mise en oeuvre de la réforme des services de santé au Zaïre, puis comme conseiller en santé à la Banque mondiale de Washington, participé aux négociations ayant mené à la création d'Onusida - organisation pour laquelle il sera détaché entre 1995 et 2003, tout en lançant Sea-Aids, le groupe de discussion sur le VIH/sida en Asie du Sud Est - le Dr Jean-Louis Lamboray a sans aucun doute acquis une certaine expérience sur le terrain en matière de sida.

Auteur de "Sida, la bataille peut être gagnée", ce médecin, diplômé de l'UCL, travaille depuis 2004 au lancement de la Constellation pour la compétence face au sida, dont il est actuellement le président.

Quel est le rôle de l'association ?

La Constellation, qui a été fondée notamment par des gens venant à la fois de pays qui progressent par rapport à la problématique du sida et des gens qui ont travaillé de longue date en Afrique, veut apporter un complément aux stratégies existantes de lutte contre le sida, dont la majorité vise actuellement la disponibilisation des services, la fourniture d'informations et éventuellement de moyens financiers, mais non pas l'appropriation locale du problème et les solutions.

Pouvez-vous expliquer votre vision de la situation ?

Notre vision est la compétence face au sida. Cela suppose que les gens acceptent que le problème les concerne eux-mêmes, individuellement, leur famille et leur communauté. Une société compétente face au sida est aussi une société immune face au sida, dans la mesure où les groupes qui la composent ont discuté la question, ont agi par rapport aux facteurs de risques qui les rendent vulnérables et ont fait en sorte que les personnes malades vivent une vie de qualité. Ceci est le rêve que nous poursuivons.

Comment agissez-vous ?

Nous offrons un processus qui vise à l'appropriation locale du problème. C'est très important. Car jusqu'à présent, il y a certes de l'information, mais la population ne se sent pas toujours concernée. N'existe que ce qui est dit. Or, dans beaucoup de sociétés, le sida n'est pas dit, dans le sens où il n'est pas discuté au niveau local. On ne peut donc pas avoir d'actions et il est difficile de gérer les cas de malades. Comment prendre des médicaments pour une maladie dont on n'a pas reconnu l'existence ?

Quant à la méthode utilisée pour atteindre ce but, il y a d'abord la visite SALT (support pour l'appréciation, la liaison et le transfert). Il s'agit de stimuler la discussion au niveau local en appréciant d'abord les forces, en faisant en sorte que les gens parlent de leurs rêves. Ensuite, nous faisons une revue systématique des pratiques au niveau des communautés pour voir dans quelle mesure le sida peut les atteindre.

Suite à cela, il y a souvent une demande massive de dépistages. In fine, l'idée de la Constellation est de connecter les réponses locales des jeunes de tous les coins du monde pour qu'ensemble ils travaillent.

Selon vous, la bataille peut donc être gagnée pour autant qu'il y ait appropriation locale du problème. Cela fait-il systématiquement défaut actuellement ?

Tout à fait, cette dimension n'a pas droit de cité au niveau des stratégies nationales. Et la facilitation de ce processus ne doit pas être laissée au hasard d'une ou de plusieurs ONG. Tous les pays qui ont progressé s'accordent à reconnaître qu'il s'agit d'un élément essentiel. Ce qui manque, c'est l'élément qui consiste à donner aux membres de la société civile le déclic qui leur permet de parler afin qu'ils agissent et qu'ensuite ils exigent leurs droits par rapport à ceux qui doivent fournir des services. Il faut que cela fasse partie de la stratégie au même titre que la fourniture d'antirétroviraux.