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L'Arabie saoudite, qui commande une coalition militaire en soutien au gouvernement yéménite dans sa guerre contre les rebelles Houthis, appuyés par l'Iran, est devenue en 2017 le premier importateur d'armes au monde.

Les Etats-Unis sont le premier fournisseur d'armement à Ryad, loin devant le Royaume-Uni, la France et la Chine.

- Explosion des dépenses militaires -

L'Arabie saoudite est devenue l'an dernier, devant l'Inde, le premier importateur mondial d'armements, selon l'Institut international de recherche sur la paix, basé à Stockholm (Sipri).

La pétromonarchie a considérablement augmenté ses dépenses militaires depuis le déclenchement de son offensive en 2015 au Yémen: 69,4 milliards de dollars l'an dernier.

Toujours en 2017, Ryad a importé pour quatre milliards de dollars d'armes, selon le Sipri qui utilise un indicateur basé sur le coût de production unitaire connu des matériels militaires plutôt que sur la valeur des contrats.

Les Etats-Unis ont été le principal fournisseur de Ryad entre 2015 et 2017, suivis par le Royaume-Uni, la France, l'Espagne, l'Italie, la Suisse et le Canada.

Ensemble, quatre des cinq membres permanents du Conseil de sécurité (USA, Royaume-Uni, France, Chine) ont vendu 90% du matériel militaire importé par l'Arabie entre 2015 et 2017.

Le centre de recherche IHS Markit place également l'Arabie saoudite en tête du classement mondial des importateurs d'armes, mais devant les Emirats arabes unis (EAU), membres eux aussi de la coalition progouvernementale au Yémen.

Crimes de guerre

Amnesty International accuse plusieurs pays occidentaux fournissant des armes à l'Arabie saoudite et ses alliés de se rendre potentiellement "complices de violations des droits humains et de crimes de guerre".

Le site yemendataproject.org a recensé 16.749 bombardements aériens menés par la coalition saoudienne entre mars 2015 et mars 2018, en se fondant sur une multitude de sources, dont les agences de presse, les réseaux sociaux, les ONG, les autorités locales.

Outre le bombardement de populations civiles, d'écoles et d'hôpitaux, les ONG dénoncent le blocus maritime qui limite les livraisons de produits alimentaires. Ce blocus est maintenu par Ryad et Abou Dhabi notamment avec des frégates vendues par la France, selon Tony Fortin, de l'Observatoire des armements.

La France risque de finir "sur le banc des accusés", indique à l'AFP Tony Fortin, qui voit dans la politique saoudienne de l'Elysée une résurgence de "la face noire de la Ve République".

- Traité sur le commerce des armes -

130 Etats, dont la France, ont signé en 2016 le Traité sur le commerce des armes (TCA) interdisant les transferts d'armes conventionnelles susceptibles de servir contre des populations civiles et encourageant les signataires à "instituer et appliquer un régime national de contrôle".

Or ce mécanisme de contrôle - parlementaire par exemple - n'existe pas en France où le président a la haute main sur la politique de défense, déplore Tony Fortin.

L'Arabie saoudite, la Chine et la Russie, parmi d'autres, n'ont pas rejoint le traité.

La dernière résolution du Conseil de sécurité sur le Yémen, adoptée en mars, exhortait les belligérants à protéger les civils et à épargner écoles et hôpitaux, mais sans appeler à l'arrêt des combats.

Entretemps, le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi dans le consulat d'Arabie saoudite à Istanbul et l'urgence humanitaire ont accentué la pression sur Ryad, expliquant la reprise du dialogue entre le gouvernement et les rebelles, actuellement réunis en Suède.

"Le Conseil de sécurité est unanime, pour une fois", dans son soutien à la reprise du dialogue inter-yéménite, a indiqué à l'AFP une source diplomatique.

Arsenal rebelle

Pour construire leur arsenal, les Houthis ont aussi raflé de nombreuses armes à l'armée, y compris des chars et des missiles balistiques dont des dizaines ont été tirés sur l'Arabie saoudite.

Les rebelles ont par ailleurs planté d'énormes quantités de mines autour des zones sous leur contrôle. Parmi elles, le périmètre de la ville portuaire de Hodeida (ouest), essentielle pour l'acheminement de l'aide alimentaire.

Si l'ONU a identifié des missiles comme ayant été fabriqués en Iran, elle n'a pas trouvé de preuve d'une implication directe de Téhéran dans leur acheminement au Yémen. L'Iran dément catégoriquement armer les Houthis.

Amnesty International accuse les rebelles de "pilonner aveuglément des centres urbains et des villages".

Un navire de guerre américain a saisi fin août dans le golfe d'Aden (sud) une cargaison d'environ 2.500 fusils d'assaut Kalachnikov de type AK-47 et d'origine inconnue.